Adopter le Desktop Linux

Les évolutions récentes des systèmes opérationnels (OS) dominant, Windows d’un côté et Apple de l’autre, ainsi que du Hardware peuvent amener certains à se poser la question d’utiliser Linux sur le desktop.

ditribuicoes-linux-650x327Les évolutions récentes des systèmes opérationnels (OS) dominant, Windows d’un côté et Apple de l’autre, ainsi que du Hardware peuvent amener certains à se poser la question d’utiliser Linux sur le desktop. Après tout la plateforme Android qui est utilisée par une quantité innombrable d’appareils connectés est basée sur un noyau (kernel) Linux. Si cette question vous taraude ou que vous ne vous l’êtes pas encore posée, nous vous invitons à tenter cette expérience rafraîchissante du switch à Linux.– Analyse par Pierre-Antoine Grégoire – IT Architect & Agilist chez Agile Partner

Carte d’identité

Nom  Linux (Desktop)
Genre  Système opérationnel (OS)
Fondateur  Linus Torvald
Date clés  1991: Lancement du noyau Linux
Particularités  Arlésienne: L’année prochaine est toujours l’année du desktop Linux

Adopter un desktop Linux, pourquoi?

La première raison qui est souvent invoquée pour le passage à Linux est celle du coût. Cependant cette raison n’est souvent pas la plus pertinente. En effet tout système a un coût de maintenance, et l’absence de coût de licence est toute relative. Pour un particulier en effet ce peut être pertinent. Pour une entreprise, suivant les exigences légales ou contraintes de sécurité, Linux ne rimera probablement pas avec gratuité de licence.

Il est plus intéressant de se concentrer sur d’autres arguments.

Par exemple, la souplesse engendrée par les très nombreux choix de distribution (comme nous le décrirons plus loin) et les nombreuses interfaces graphiques permet de personnaliser l’expérience d’une manière qui est impossible dans les OS mainstream. Ceux-ci font en effet souvent le choix pour l’utilisateur dans l’essentiel des cas.

Un autre argument est la relative absence de lock-in, les outils étant pour l’essentiel libres (même s’il existe des logiciels propriétaires sous Linux) et interopérables par essence.

Il va aussi de soit que la familiarité avec Linux de personnes dans l’entourage est un facteur important d’adoption.

Linux est en effet un système hautement communautaire, où l’entraide est promue, ce qui permet de compenser l’absence de documentation de certains logiciels (même si la plupart des logiciels finissent par être très bien documentés par cette même communauté).

De plus il est très souvent intéressant, notamment pour le personnel informatique, de se tourner vers un OS qui s’aligne plus avec ce que l’on a dans son Datacenter, là où Linux est d’évidence dominant dans l’essentiel des cas, accompagné ou non d’Unix ou dérivés. De fait l’utilisation des ressources se trouve nettement optimisée dans les OS Linux (à l’exception parfois de la gestion de la veille ou de la consommation sur certains ordinateurs portables dont les pilotes sont propriétaires).

Finalement un des arguments fréquemment avancé est la sécurité. S’il est vrai que peu de desktops Linux ont fait les frais de grosses failles de sécurité, il faut rester prudent, et il convient de bien les configurer tout de même, et de mettre à jour régulièrement les logiciels. Cependant la mise à jour incrémentale et efficace est au coeur de la plupart des distributions Linux depuis plus d’une dizaine d’année (pas de Service Packs de plusieurs Gigas à télécharger) et est une mécanique très bien rodée.

Adopter un desktop Linux, comment ?

Si l’on commence la démarche du switch vers Linux, il faut se poser la question essentielle des cas d’utilisation.

Un utilisateur de suite bureautique qui doit interagir constamment avec des utilisateurs de Microsoft Office qui usent et abusent de fonctionnalités non-portables comme des macros spécifiques n’est évidemment pas dans le coeur de cible.

Une migration en masse d’utilisateurs bureautiques vers Linux ne peut probablement avoir lieu que si elle se précède d’une migration préalable vers une suite bureautique multi-OS ou ouverte telle que LibreOffice par exemple ou vers une suite en ligne comme Google Docs ou Office 365 (dans une certaine mesure, puisque ce dernier encourage l’usage de sa suite offline non disponible pour l’instant sous Linux). Ceci dans le but de limiter l’utilisation de fonctionnalités spécifiques à une plateforme particulière.

Il convient donc de définir la priorité de ces besoins, et d’éviter de rechercher des outils identiques mais plutôt de quêter les mêmes fonctionnalités.

Pour cela il faut souvent faire un travail sur soi et adopter l’esprit du nouvel outil, plutôt que vouloir y calquer ses propres habitudes.

Des designers web seront par exemple ravis de passer au gratuit et ouvert Gimp, mais son expérience utilisateur est très différente de celle de Photoshop (son équivalent propriétaire et payant le plus évident), ce qui peut rendre le passage rédhibitoire pour certains.

Une fois les besoins clairement listés, choisissez ceux qui sont indispensables pour vous, et voyez si vous trouvez des outils qui les remplissent suffisamment efficacement.

Pour des développeurs, le choix est plutôt évident, tant la plupart des outils de développement sont facilement disponibles, et la configuration notamment pour ce qui est du réseau, nettement plus complète. La possibilité native de faire tourner des VMs et des conteneurs permet par ailleurs à l’utilisateur technicien de subvenir à l’essentiel de ses besoins, voire de lancer d’autres OS temporairement pour un besoin sporadique.

Adopter un desktop Linux, quelle goût choisir ?

Passer à Linux c’est entrer dans un monde de choix.

D’abord les distributions: vais-je utiliser Ubuntu, Fedora, OpenSuse, ArchLinux… ou des distributions plus orientées “Entreprise” (et donc payantes) comme Red Hat Enterprise Linux (RHEL) ou Suse Enterprise Linux?

Dois-je utiliser une distribution très stable ou une distribution très réactive avec des mises à jours fréquentes?

Quelle interface graphique? Quelque chose qui se rapproche plus de MacOS, de Windows, ou quelque chose de plus inédit?

Ces multiples opportunités sont un changement important qui peut s’avérer frustrant si on n’en est pas conscient d’emblée.

Ce qui est commun au différentes versions de Linux que l’utilisateur peut adopter c’est le Kernel Linux, le noyau de l’OS. La version en cours est la version 4.10, mais depuis le Kernel 2.6 les mises à jour de ce Kernel sont très fréquentes.

Ce noyau est ce qui contrôle toute l’interaction du système opérationnel avec les périphériques et la machine (processeurs, mémoire, interface réseau…).

Au-dessus de versions de ce kernel se construisent des distributions de packages (avec des choix différents de gestionnaires de packages) cohérentes que l’utilisateur peut choisir. C’est ici que l’on choisit par exemple:

  • Ubuntu, Fedora,… pour leurs mises à jours fréquentes (avec les risques d’instabilité que cela peut comporter quand on ne les suit pas de près),
  • Debian, CentOS, OpenSUSE… pour leur stabilité dans le temps (mais des upgrades occasionnels plus coûteux, et des logiciels parfois surannés),
  • ou des distributions d’entreprise comme RHEL, SUSE Enterprise… (pour ne citer que celles des pure-players) qui permettent de respecter certaines garanties légales que les distributions non-payantes ne peuvent fournir par absence d’interlocuteur contractuel.

Il existe encore de très nombreuses autres distribution, allant de l’anecdotique au très populaire.

Là où les choses se compliquent (mais attention, seulement si on n’utilise pas le choix par défaut de la distribution choisie) c’est que l’interface utilisateur elle-même peut aussi être composée. On choisira Gnome ou un de ses dérivés, KDE et son interface très familière pour les utilisateurs Windows, l’extrême légèreté d’XFCE, ou encore des choses plus inédites comme Cinnamon ou encore plus exotiques comme Enlightenment. Le choix peut paraître infini quand on commence à s’y intéresser, et l’on peut même passer d’une interface à une autre au moment de son login.

Ce monde de choix est encore une fois déstabilisant pour l’utilisateur habitué à n’en avoir que peu.

Mais rassurons nous, le choix d’une distribution vient souvent avec des versions de Kernel et d’interface utilisateur déjà faits pour vous. Testez-les mais sachez que vous pouvez toujours faire une composition différente avec un coût plus ou moins grand.

Par exemple, Ubuntu, qui se base sur un dérivé de Gnome appelé Unity, fournit aussi une variante basée sur KDE appelée Kubuntu. C’est très facile à tester pour se faire une idée de l’interface avec laquelle on est le plus à l’aise ou le plus productif. Surtout que ces différentes interfaces utilisateur viennent avec applications qui sont spécialement bien adaptées.

On vous le dit !             

Tenter le switch à Linux, que l’on vienne du monde Apple ou Microsoft, c’est un peu un saut de la foi, mais c’est surtout très facile et n’induit aucun coût autre qu’un peu de curiosité, et de sens autocritique. Tout changement d’outil induit un changement d’habitudes.

L’utilisation hybride (Linux + Mac ou Linux + Windows) est évidemment une solution parfaitement respectable, surtout quand faire tourner des Machines virtuelles ou des conteneurs est particulièrement aisé et évite de devoir rebooter sa machine ou de maintenir 2 machines distinctes.

Quoiqu’il en soit, la stabilité des distributions n’a jamais été aussi bonne, et le Kernel n’a jamais contenu autant d’aussi bon drivers directement et gratuitement disponible pour la plupart du matériel mainstream. C’est donc le bon moment pour sauter le pas, sans doute encore plus quand on est technicien et sous Mac ou Windows, les 2 systèmes laissant de plus en plus de côté les utilisateurs techniciens par des choix par ailleurs légitimes d’ouverture au plus grand nombre et donc par une restriction des choix offerts à ces mêmes utilisateurs.

Notre conseil pour débuter, choisir une distribution mainstream comme Ubuntu, Fedora ou OpenSuse et se laisser guider par les choix par défaut. Il est important de voir d’abord si l’on est en phase avec la “philosophie” de la distribution, plutôt que de vouloir y forcer ses outils et sa propre vue des choses.

Mais pour l’utilisateur avancé toutes les combinaisons sont possibles (Kernel + Distribution + Interface utilisateur) et les choix et solutions sont exponentiels!

Bien entendu, si vous aussi avez fait l’expérience du switch (complet ou partiel) à l’usage de Linux sur le Desktop, n’hésitez pas à venir échanger avec nous sur notre blog !