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GIRLS IN TECH « Parce que l’IT a besoin des femmes »

Elles sont encore trop rares dans les métiers de l’IT. Mais cela pourrait changer. C’est le souhait de « Girls in Tech », une association présente depuis un an au Luxembourg et qui s’est donnée pour mission de promouvoir la place des femmes dans les métiers de l’IT. Entretien avec les trois filles à la tête de cette association !

Elles sont encore trop rares dans les métiers de l’IT. Mais cela pourrait changer. C’est le souhait de « Girls in Tech », une association présente depuis un an au Luxembourg et qui s’est donnée pour mission de promouvoir la place des femmes dans les métiers de l’IT. Entretien avec les trois filles à la tête de cette association !

Par Sébastien Lambotte pour l’édition ITnation Mag Printemps 2015

Marie-Adélaïde Gervis, Head of Marketing – Edit-Place, Managing Director – Girls in Tech Luxembourg

Comment en êtes-vous arrivée à créer une antenne de Girls in Tech à Luxembourg ?

Avant de rejoindre Luxembourg, je travaillais à Paris. A l’époque, je cherchais un réseau de Networking et je suis tombée sur Girls in Tech, qui offrait des perspectives intéressantes. Les événements, à Paris comme au Luxembourg, ont tendance à rassembler une grande majorité d’hommes, à raison de 80% pour 20% de femmes. Les intervenants aussi sont généralement de sexe masculin. Il est légitime de se poser la question : où sont les femmes ? Avec Girls In Tech, j’avais trouvé un réseau qui rassemblait les femmes en priorité, mais qui leur donnait aussi la parole. En arrivant au Luxembourg, j’ai cherché quelque chose de similaire. Cela n’existait pas. Mais j’ai rencontré Marina. Et nous avons décidé de développer Girls In Tech au Luxembourg.

Quelle est votre position par rapport aux métiers du digital ?

Je n’ai pas une formation technique et ne suis pas développeuse. J’ai une formation plutôt littéraire à la base. J’ai travaillé dans l’audiovisuel et aujourd’hui je bosse dans la production de contenu à une fonction marketing. Si je ne suis pas une technicienne, je baigne dans le digital, et dans nos relations professionnelles, nous devons échanger avec des personnes qui travaillent du côté technique. A ce titre, il est important de pouvoir en comprendre les enjeux. Qu’est-ce qu’un flux XML, comment fonctionne un algorithme, comment s’organise le langage HTML…

Quels objectifs poursuivez-vous à travers cette association ?

On veut promouvoir la place de la femme dans les métiers liés à la technologie, au monde digital. Aujourd’hui, elles ne s’orientent pas spontanément dans cette direction, alors que les opportunités existent. Elles manquent de modèles capables de les motiver, de les inciter, de leur démontrer qu’il est possible pour une femme de faire carrière dans ce milieu tout en ayant une vie de famille. D’autre part, la technologie et le digital intègrent tous les métiers, toutes les activités. Si l’on veut entre- prendre aujourd’hui, on se retrouve vite confronté à des enjeux techniques. Le marketing, tout simplement, doit désormais être pensé sous un angle digital.

Annabelle Buffart, IT manager – Girls in Tech Luxembourg, Consultante « front-end » – Agile Partner

Qu’est-ce qui vous a poussée à rejoindre Girls In Tech ?

A travers mes études et ma carrière, je n’ai pu que constater le faible nombre de représentantes de la gent féminine dans les filières technologiques. J’ai d’abord fait un BAC+3 en communication, où les filles ne manquaient pas, avant de m’orienter vers un BAC+3 en infographie, avec une spécialisation Web Development. Et là, je me suis retrouvée isolée. Un prof a même voulu me persuader, un jour, que je n’avais à rien faire là. Le fait que je me sois retrouvée régulièrement seule dans ma carrière, sans exemple de modèles féminins pour me motiver, m’a incité à rejoindre l’initiative Girls In Tech.

« Les employeurs sont prêts à engager des femmes. Le problème réside plus dans le manque de candidates. »

Pourquoi, selon vous, faut-il encoura- ger la présence de la femme dans les milieux ICT ?

Tout simplement parce que les métiers de l’ICT ont besoin de ressources et que les femmes peuvent contribuer, au même titre que les hommes, au développement de l’activité technologique. Notre volonté est aussi d’accompagner les femmes à appréhender ces enjeux techniques, à travers des ateliers ou des formations.

Vous considérez-vous comme féministe ?

Nous ne nous présentons pas comme cela. Nous ne sommes pas une association « pour » ou « contre », mais une association « avec ». Laisser une place plus importante aux femmes dans l’IT ne pourra se faire qu’avec les hommes.

Il faut pouvoir donner la possibilité à chacun et chacune de s’y épanouir. Les choses changent. Les employeurs, aujourd’hui, sont prêts à engager des femmes. Ils ont besoin de compétences. Le problème majeur réside cependant dans le manque de candidates. Sur une quarantaine de CV reçus pour une offre d’emploi dans le secteur ICT, on en compte seulement trois ou quatre émanant de femmes. Il y a un travail à faire à ce niveau.

Les femmes ont-elles quelque chose de plus à apporter aux métiers de l’ICT ?

Je ne sais pas si elles ont quelque chose de plus à apporter. Mais elles ont leur place, certainement. Sans doute que les femmes n’ont pas la même perception du monde, pas les mêmes sensibilités que les hommes. Je pense que les métiers de l’IT, dans la mesure où ils transforment le monde, doivent tenir compte de cette sensibilité, de la créativité que peuvent apporter les femmes. L’idée n’est pas d’opposer les visions des femmes et des hommes, mais de tenir compte de leur regard à tous les deux.

Marina Andrieu, Project Manager – Nyuko, Managing Director – Girls In Tech Luxembourg

Qu’est-ce qui vous a amenée à vous intéresser à la technologie ?

J’ai travaillé dans le recrutement, dans une agence généraliste. Il arrivait que nous ouvrions des postes IT. Non seulement, dans ce domaine, il n’y avait pas de candidates. Et personnellement, c’était déjà un défi, pour moi, de comprendre la « job description ». D’un autre côté, nous avions beaucoup de candidates qui arrivaient au Luxembourg, cherchaient des opportunités professionnelles et peinaient à en trouver. Or, l’ICT recrute en permanence. Considérant les métiers du web, la manière dont le business se transforme à l’aide de la technologie, j’ai pensé que les femmes devaient y trouver leur place. C’est à ce moment que j’ai décidé de m’intéresser à ces aspects.

Pourquoi les métiers en lien avec la technologie n’attire pas les femmes ?

De premier abord, ce ne sont pas forcément des métiers « sexy », ou du moins
ils ne sont pas présentés comme tels. Je pense qu’il faut changer le regard que l’on a sur ces métiers. Il y a aussi beaucoup d’idées préconçues autour de ces métiers. On devrait davantage parler de langage que de code. Notre rôle est de démystifier ces jobs, avec des formations sur des aspects très concrets. Il y a un facteur psychologique qu’il faut aussi prendre en compte. Donner la parole à des femmes remarquables qui ont développé un business dans l’IT, qui ont monté leur boîte et qui ont réussi, doit en motiver d’autres. Il y en a au Luxembourg. Prenez l’exemple de Virginie Simon, de MyScienceWork, qui a développé sa start-up depuis le Luxembourg, qui est aujourd’hui dans la Silicon Valey, qui est parvenue à lever des fonds tout en étant enceinte. C’est remarquable et enthousiasmant. Le changement doit se faire dans la durée, sans doute sur plusieurs générations. Il faut donc aussi s’adresser aux plus jeunes.

Comment se développe votre association au Luxembourg ?

En une année, elle a développé de nombreux événements, formations et ateliers, mis en place des partenariats avec des acteurs importants, comme Amazon. Chacune de ces organisations rencontre un réel succès. On répond à une demande réelle. D’autre part, nous sommes devenues un interlocuteur privilégié pour de nombreux acteurs et autorités.

Il y a une volonté de faire place à plus de diversité dans les entreprises technologiques. Girls In Tech a rapidement été sollicité, par les entreprises, par les autorités – comme le MEGA ou le SMC dans le cadre de Digital Lëtzebuerg –, d’autres organisations et des lycées, pour prendre part à nombreux événements et discussions. Comme il n’y avait jusque-là rien qui se faisait pour promouvoir la place des femmes dans les métiers de l’ICT, nous sommes vite devenues un interlocuteur privilégié. Cela nous réjouit. Nous restons toutefois une organisation bénévole, avec chacune un métier par ailleurs. Nous essayons de répondre aux mieux aux sollicitations, dans la mesure du possible.

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