Préparons-nous aux métiers qui n’existent pas encore

L'automatisation des tâches manuelles, mais aussi les big data, les blockchains et le crowdfunding changent la donne sur le marché en permettant à de nouveaux acteurs de contourner la technologie existante et même de remplacer des métiers.

Le rythme effréné auquel la technologie IT évolue a profondément transformé le marché du travail dans tous les secteurs. L’automatisation des tâches manuelles, mais aussi les big data, les blockchains et le crowdfunding changent la donne sur le marché en permettant à de nouveaux acteurs de contourner la technologie existante et même de remplacer des métiers. À première vue, la victoire semble revenir aux les start-ups et aux nouveaux arrivants, mais les grandes entreprises peuvent relever de différentes manières les défis qui découlent de ces disruptions technologiques : elles peuvent se comporter elles-mêmes comme des start-ups, collaborer avec des start-ups, les utiliser comme pépinières ou créer de nouveaux outils qu’elles intégreront ensuite dans leurs propres modèles d’affaires. Quel sera toutefois l’impact de ces changements sur le marché du travail ? Quels métiers et quelles compétences disparaîtront ? Lesquels, au contraire, gagneront en valeur ? Ces changements auront-ils aussi un impact sur les comités exécutifs des entreprises ?

 

Les nouvelles technologies IT ouvrent de nouvelles portes : de nouveaux arrivants peuvent désormais concurrencer les grands acteurs

Grâce à l’essor des big data, l’idée futuriste de voir un jour des robots reprendre les tâches humaines peut devenir réalité. Cette perspective invite à une grande restructuration. L’automatisation des processus rendra chaque unité de travail plus productive. Ce processus verra des emplois disparaître, mais aussi d’autres se créer : le Forum économique mondial estime que les « tendances actuelles peuvent conduire à un solde net de pertes d’emplois de 5,1 millions d’unités entre 2015 et 2020, en raison des changements disruptifs que connaîtra le marché du travail » et que deux millions d’emplois verront le jour dans le secteur informatique, les mathématiques, l’ingéniorat et d’autres sciences connexes.

 

Le crowdfunding et les blockchains transformeront également le marché. Un blockchain est une séquence de blocs de données inviolable, qui peut contenir tout type d’informations. Le blockchain permet l’échange sécurisé et décentralisé de données ou de transactions codées. De cette même manière décentralisée, le crowdfunding permet le financement d’un projet sans recourir aux banques et à d’autres institutions établies. Ensemble, ces deux technologies créent un cadre riche en opportunités pour les entreprises émergentes qui ne sont pas soutenues par des acteurs établis. Pour y réagir, les grandes entreprises devront mieux surveiller leurs petits concurrents et collaborer plus étroitement avec eux.

 

La start-up Colony rassemble, par exemple, des experts des quatre coins du monde autour de projets spécifiques et rétribue ces spécialistes selon leur contribution au projet. Les entreprises spécialisées dans les ressources humaines sont ainsi court-circuitées. Finalement, des logiciels de réseaux sociaux et d’e-commerce basés sur ces nouvelles technologies pourraient suivre rapidement et concurrencer des géants Internet tels qu’eBay avec des normes de sécurité comparables, voire meilleures.

 

Il ne s’agit pas de science-fiction : Coin Based, qui opère dans le réseau Bitcoin, est disponible dans plus de trente pays et a déjà échangé pour 2,7 milliards d’euros de bitcoins. Le crowdfunding a lui aussi un grand impact sur le marché : ce processus a permis d’injecter 58 milliards d’euros dans l’économie et de créer 270.000 emplois. Comment d’autres entreprises peuvent-elles relever le défi ?

 

Comment les entreprises existantes peuvent-elles adopter leur modèle à cette transition ?

 

La première piste qui s’offre aux entreprises existantes consiste à collaborer avec les start-ups. Différents programmes collaboratifs se concrétisent par différents avantages tels que le rajeunissement de la culture d’entreprise, l’accélération de l’innovation chez les grandes marques qui ont un fonctionnement plus bureaucratique en temps normal, la résolution des problèmes d’entreprise et l’expansion à de nouveaux marchés. Pour tirer parti de tels partenariats, les moyennes et grandes entreprises peuvent proposer des outils ou des espaces de travail aux start-ups, stimuler la croissance des start-ups ou créer ensemble des produits. Ce type d’écosystèmes fondés sur l’innovation ouverte raccourcit le délai de livraison, maximise les performances et assure des avantages financiers. Des entreprises comme Cisco, GE, Coca-Cola et Shell ont d’ores et déjà concrétisé de telles pépinières avec une grande efficacité.

 

Une autre stratégie consiste à embrasser la source de la disruption économique et à exploiter à votre avantage la technologie disruptive. Trente entreprises cotées sur le NASDAQ ont investi ensemble 27 millions d’euros dans Chain, une entreprise qui entend généraliser le recours aux blockchains dans un large éventail de transactions. Dans le secteur Telco, Orange est convaincu que les blockchains simplifieront le transfert de données entre les opérateurs téléphoniques, ce qui améliore le confort d’utilisation du consommateur. Intel, IBM, JP Morgan et Barclays sont autant d’autres entreprises qui ont investi dans cette technologie.

 

La deuxième facette de cette stratégie consiste à investir dans les big data. Dans le contexte de la crise qu’a provoqué en France l’arrivée d’Uber, le gouvernement français a créé une application qui permet aux utilisateurs de trouver facilement un taxi. Cette application, dont le fonctionnement repose sur les big data, aide à trouver plus rapidement un taxi, mais ne transforme pas le modèle d’affaires des compagnies de taxis. Pratiquement tous les secteurs peuvent tirer parti de l’utilisation des big data. Grâce aux big data, l’industrie pétrolière et gazière peut, par exemple, monitorer la production et la fourniture de ses produits, tout en pouvant combler d’éventuelles fuites en un temps record. Dans le secteur des soins, les spécialistes peuvent comparer les paramètres d’un patient avec ceux de profils similaires afin d’adopter le traitement optimal. Les entreprises doivent maintenant choisir entre l’évolution par le biais des nouvelles technologies ou la disparition pure et simple.

 

Certains emplois disparaîtront, d’autres verront le jour : les lois de la destruction créative

 

Le recours accru aux big data et aux blockchains impose aux entreprises de se réinventer et d’adapter leur modèle aux nouveaux besoins du marché et aux nouvelles technologies mises à leur disposition. Au terme de ce processus d’adaptation, certaines fonctions apparaîtront moins importantes.

 

Un exemple à titre illustratif : le gouvernement du Honduras compte utiliser un logiciel blockchain créé par Factom pour établir un cadastre foncier, ce qui accélère et sécurise grandement le processus et l’expose moins à la corruption. Cette démarche verrait ainsi les notaires et autres fonctionnaires publics remplacés par… des spécialistes IT. Un vent de renouveau souffle aussi sur le secteur bancaire : les opérateurs NASDAQ testent déjà l’utilisation de blockchains sur le marché privé. Si cette expérience se concrétise, les courtiers ne seront plus nécessaires. Âgé de 21 ans, le fondateur russo-canadien du blockchain Ethereum pose un regard plus carré sur la situation : il pense que les emplois perdus seront essentiellement ceux de « personnes payées trop cher pour ce qu’elles font ».

 

Cela dit et sur la base des réactions de tous les secteurs, le Forum économique mondial prévoit que les analystes de données deviendront « très importants pour leur secteur à l’horizon 2020 ». En d’autres mots, ces changements auront un impact sur tous les secteurs, qu’ils soient privés ou publics.

 

L’augmentation des quantités de données implique que les entreprises devront savoir où se trouvent leurs données (principalement dans le cas de clouds hybrides), mais qu’elles devront aussi s’assurer que leurs données soient sécurisées et disponibles à tout moment. Les fonctions en gestion des données gagneront ainsi en importance au vu de la nouvelle manière dont nous ferons des affaires. En ce sens, les data managers rejoindront, eux aussi, l’élite.

 

Une étude de Deloitte sur l’analyse des données indique que 60 % des entreprises comprennent les avantages qui peuvent découler de l’essor des big data. 43 % pensent que les données doivent être analysées par un spécialiste qui ferait directement rapport de ses conclusions au CEO. 70 % estiment, en outre, important de consolider les données internes et les données générées par les réseaux sociaux. Les données issues de la connectivité apportent, en effet, plus d’informations sur le consommateur, ce qui permet le développement de nouveaux services et offre la possibilité de créer des services de fidélisation plus personnalisés et davantage d’options dans le recrutement du personnel. Sans que le consommateur le sache, les données contribuent aussi à optimiser les produits. Les analystes de données ne se contenteront pas de gérer des activités : ils garantiront aussi des informations d’une valeur inestimable.

 

Deux nouveaux rôles peuvent voir le jour. Avant tout, celui de Chief Data Officer (CDO) pour diriger la stratégie data générale. Ensuite, celui de Data Scientist, pour donner un sens et une valeur aux informations et combler le fossé avec d’autres rôles au sein de l’entreprise. Selon Glassdoor, le rôle de Data Scientist est le « meilleur job » de 2016, ce qui se traduit par une pléthore d’offres d’emploi, de bons salaires et des perspectives de carrière. Une enquête de Deloitte le confirme en soulignant que 70 % des entreprises estiment important de soutenir la fonction de CDO et de Data Scientist, même si ces rôles ne sont pas encore décrits ou standardisés. D’un point de vue managérial, de telles perspectives sont naturellement fascinantes.