Anticiper les besoins en compétences digitales pour limiter le chômage

Si personne ne peut savoir exactement à quoi ressemblera l’emploi du futur, la nécessité d’anticiper les besoins en nouvelles compétences, qui vont de pair avec la transformation digitale de l’ensemble des secteurs d’activité, fait consensus. Ces questions ont été abordées lors d’un événement organisé au siège de KPMG Luxembourg en collaboration avec l’Economist Club Luxembourg.

La digitalisation globale qui s’accélère dans tous les domaines de notre société va-t-elle conduire à une destruction massive d’emplois ? Malgré de nombreux démentis argumentés, cette question reste prégnante et suscite toujours de nombreuses inquiétudes, au Luxembourg comme ailleurs. « Ce n’est pas nouveau : à chaque révolution technique qui se produit au cœur de nos sociétés, cette peur ressurgit, tempère Nicolas Schmit, ministre du Travail, présent ce mercredi soir lors d’un événement consacré au sujet au siège de KPMG Luxembourg. Concernant la transformation digitale, l’inquiétude a été attisée par une étude de l’université d’Oxford, publiée aux alentours de 2014, et qui expliquait que plus de 40% des métiers pourraient bientôt être automatisés par des robots. Toutefois, les résultats de cette étude ne sont pas complets : si certaines professions seront impactées par l’automatisation, elle ne pourront pas être remplacées à 100% par des robots. Il est clair qu’on se dirige plus vers un monde où machines et humains seront amenés à mieux collaborer. »
 

Des machines et des hommes

Plutôt que de chercher à identifier quels seront les métiers du futur, il est donc préférable de repérer les nouvelles compétences à intégrer pour pouvoir travailler de manière efficace avec les « machines », qu’il s’agisse de programmes informatiques, de robots dans le secteur industriel ou d’autres outils. « Pour y parvenir, et éviter une augmentation du chômage qui ne profite à personne, deux leviers doivent être actionnés : l’éducation et la formation des travailleurs en place, poursuit Nicolas Schmit. Notre domaine étant le monde du travail, nous avons lancé un programme qui doit permettre à chacun soit de s’adapter à son propre métier qui a évolué, soit de réagir à la disparition de sa propre profession en se formant à un nouveau métier qu’on pourra trouver en interne ou dans une autre société. L’Etat financera en bonne partie ces formations et assurera le paiement du salaire du travailleur pendant sa période de requalification. »

Le Luxembourg Digital Skills Bridge – le nom de ce programme – est un projet pilote lancé en mai 2018 au sein d’une quinzaine d’entreprises, et qui sera bientôt évalué avant d’être éventuellement élargi au printemps prochain. Il fonctionne en plusieurs étapes. « D’abord, il est essentiel d’effectuer un examen précis des compétences qu’on possède en interne, et dont on n’a pas forcément connaissance, indique Nicolas Schmit. Sur cette base, on peut évaluer ses besoins en compétences digitales et faire ensuite appel aux financements publics pour les combler, en formant son propre personnel ou en embauchant des travailleurs dont le métier a disparu et qui ont été « recyclés » en intégrant des compétences digitales. Ce programme représente un investissement, certes, mais il nous permettra aussi d’économiser énormément sur le coût du chômage. Au final, tout le monde en sortira gagnant. »

 

Quid du travail moins qualifié ?

Si l’humain sera donc toujours nécessaire dans un grand nombre de métiers, en ira-t-il de même avec les emplois demandant moins de qualification ? Présent lors du débat qui a suivi l’intervention de M. Schmit, Antoine Hron, cofondateur de la start-up Klin, un service de nettoyage à sec modernisé grâce à la digitalisation et une optimisation énergétique et environnementale, n’a pas été dans ce sens. « Il est clair que certains pans de notre activité peuvent être automatisés et que cette robotisation peut représenter une menace pour une partie du personnel. Je pense au repassage, au pliage des vêtements, etc., explique-t-il. Toutefois, je ne vois pas comment on pourrait totalement se passer de l’expertise humaine, même dans notre secteur. Par exemple, nous avons toujours besoin de l’œil et du toucher humain pour déterminer à quel tissu nous avons affaire et comment, en conséquence, nous pouvons le laver et le repasser… »

Cette réalité n’amoindrit pas le constat posé par le ministre du Travail : la formation continue, tout au long de la carrière, est devenue incontournable. Et la bonne volonté des travailleurs sera à cet égard indispensable. Françoise Thoma, directeur général de la BCEE (Banque et Caisse d’Epargne de l’Etat), également présente lors du débat, n’a pas d’inquiétude à ce sujet. « Nous allons organiser en 2019 des modules de formation aux compétences digitales adaptées au monde bancaire et nous avons dû rapidement clôturer les inscriptions : c’était complet ! Nous allons lancer un nouveau round dès que possible. Je suis convaincue que la majorité des travailleurs veulent se former à ces nouvelles compétences.»Une conclusion positive qui tranche avec la morosité qui entoure souvent ce débat.

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