B Corp : le business au service du bien

B Corp est un label international octroyé à des entreprises répondant à des exigences sociétales et environnementales, de gouvernance ainsi que de transparence envers le public. Pour les trois acteurs B Corp luxembourgeois, l’enjeu n’est plus de chercher à avoir la meilleure entreprise du monde, mais la meilleure entreprise pour le monde.

Arnaud Gillin, fondateur d’Innpact

Aujourd’hui, de nombreux entrepreneurs cherchent à donner du sens à leur activité. Au-delà de l’exigence de rentabilité de leurs activités, ils sont mus par d’autres motivations, plus vertueuses. L’enjeu n’est plus d’avoir la meilleure, la plus grande, la plus plus belle, la plus rentable entreprise du monde, mais de développer la meilleure entreprise pour le monde. Animées par cette volonté, plus de 3.500 entreprises, à travers 74 pays, ont rejoint le réseau B Corp (pour Benefit Corporation). Ce label, créé en 2006 à Philadelphie, certifie les entreprises privées qui intègrent dans leur mission, leur business plan, la gestion de leurs équipes, le développement de leurs produits ou services, des objectifs sociaux, sociétaux et environnementaux. L’obtention de ce label implique notamment de se soumettre à un formulaire composé de 200 questions sur plusieurs domaines (gouvernance, collaborateurs environnement, etc). Avec un taux de réussite ne dépassant pas les 30 %, n’est pas B Corp qui veut !

Trois sociétés B Corp au Luxembourg

Au Luxembourg, trois sociétés ont décidé de se lier à B Corp : Innpact, Farad GROUP, et Ramborn. C’est Innpact qui a initié le mouvement sur le territoire en novembre 2015. Cette société fondée en 2007 est spécialisée dans la structuration et la gestion de fonds qui visent à soutenir le développement d’initiatives d’investissement à impact. La société accompagne donc des démarches d’investissement générant des retombées positives sur la société et l’environnement. Innpact est un pionnier en la matière. Il y a treize ans, le concept d’impact investment était à ses balbutiements. « Dès la création, nous avons envisagé une approche de développement et de gestion de la société qui se voulait différente, plus transparente, plus collaborative, intégrant les enjeux de responsabilité sociétale et environnementale, appliquant une répartition plus juste des bénéfices de l’entreprise, explique Arnaud Gillin, fondateur d’Innpact avec Patrick Goodman. Les fondateurs ont découvert B Corp en 2015 et ont rapidement été séduits par la vision en phase avec leurs convictions. « L’approche holistique nous a immédiatement séduit. Pour B Corp et Innpact, le but d’une société n’est pas uniquement de générer du profit pour les actionnaires. Elle doit, en parallèle, avoir une approche très inclusive par rapport aux intérêts de l’ensemble des parties prenantes à l’entreprise, aussi bien ses équipes que ses prestataires ou l’environnement qu’elle impacte. »

Plus qu’un label, un outil de gestion 

Plus qu’un label apposé au bas d’un site Internet ou d’une carte de visite, B Corp se veut être un véritable outil de gestion pour aider les sociétés à adopter les principes qui prennent en compte l’ensemble des acteurs. « Contrairement à d’autre certifications, l’obtention du label B Corp n’est pas le point final, mais constitue un moyen supplémentaire d’améliorer ses pratiques. En passant le test, on peut identifier les points à améliorer dans son entreprise. Dans notre cas, cela nous a notamment conduit à créer un Conseil d’administration, qui manquait à notre structure », explique Arnaud Gillin. Poursuivant dans cette démarche, Innpact a récemment ouvert le capital à l’ensemble de l’équipe. « Car la société appartient à ceux qui lui donnent de la valeur ». Au-delà de cela, le label B Corp permet aussi à son détenteur d’attirer une clientèle en phase avec ses propres convictions. « Il y a aussi l’enjeu du recrutement. Nous avons des jeunes qui sortent des études et qui viennent vers nous parce qu’ils connaissent B Corp et que cela fait sens pour eux », assure Arnaud Gillin.

« Nous avons des jeunes qui sortent des études et qui viennent vers nous parce qu’ils connaissent B Corp et que cela fait sens pour eux » Arnaud Gillin

Carlo Hein, fondateur de Ramborn

Ouvert à toutes les sociétés

La démarche d’obtention du label B Corp est ouverte à toutes les entreprises prêtes à consentir des efforts pour contribuer à un monde meilleur, à un avenir plus durable. Cette conviction est partagée par Ramborn, producteur de cidre établi à Born et dernière entreprise luxembourgeoise à avoir obtenu le label B Corp. « Grâce à B Corp, nous avons des alliés dans le monde entier qui, comme nous, envisagent le business comme un levier pour le bien », explique Carlo Hein, fondateur de Ramborn. Depuis sa création, la société qui développe des vergers, a permis de sauver ou de faire renaître l’équivalent d’un million de mètre carrés d’habitats riche en biodiversité. En rejoignant le label B Corp, en juin 2020, Ramborn a revu son modèle en profondeur, en mettant notamment en place une politique prenant en compte l’ensemble des acteurs liés à son activité. « Ce label constitue un point de convergence pour tous. Il permet de formaliser une mission et une vision que nous partageons avec nos collaborateurs, nos partenaires et tous les autres acteurs de la société concernés : faire revivre les vergers et travailler à amener notre communauté locale à célébrer la survie des forêts tropicales d’Europe. » Pour Ramborn, adhérer au projet B Corp permet de rejoindre un réseau internationalement connu d’acteurs répondant à des critères stricts. « Cela place notre travail dans les vergers, ici au Luxembourg, dans un contexte mondial. Cela lui confère une crédibilité reconnue dans le monde entier », poursuit Carlo Hein.

B Corp pour aller encore plus loin

De plus en plus de structures, aujourd’hui, intègrent les objectifs sociaux, sociétaux et environnementaux dans leur processus de développement. « Cette dynamique constitue une bonne nouvelle. Mais il faut aller plus loin encore dans cette démarche, et c’est ce que permet B Corp en prônant une meilleure répartition de la création de valeur ou la neutralité carbone de chaque activité, explique Arnaud Gillin. Il est cependant important de préciser que l’enjeu n’est pas de dire ce qui est bon ou mauvais. Si tout le monde ne peut pas être B Corp, j’invite chacun à tendre vers ce modèle. C’est un enjeu du présent mais surtout pour le futur. »  Pour Ramborn aussi, les modèles actuels doivent être reconsidérés. « Nous sommes conscients que cela ne se fera pas en un jour. Mais une façon concrète de commencer est d’utiliser le cadre de B Corp comme un moyen de comprendre et d’améliorer son impact dans le monde », explique Carlo Hein.

Une question de survie

Ce modèle neuf, différent, constituera bientôt la norme, si l’on en croit le co-fondateur d’Innpact. Il en va de la survie des entreprises modernes. « Les règlementations autour de la responsabilité des entreprises, en faveur d’un développement plus durable, vont être de plus en plus strictes. Ceux qui ne jouent pas le jeu risquent de se disqualifier. A cela s’ajoute un enjeu lié au recrutement des talents, de plus en plus attentifs à ce genre de considérations. S’inscrire dans une démarche durable, en outre, contribue à renforcer sa résilience alors que les crises sont appelées à se multiplier. Dans ce contexte, si les entreprises n’adoptent pas un autre comportement, elles vont sans doute mourir », explique le Partner d’Innpact. 

Certains grands groupes évoluent vers un business plus humain et plus soucieux de son environnement. C’est le cas de Danone, notamment. « C’est avec l’élan d’acteurs de cette envergure que les choses évolueront plus rapidement. C’est la preuve que tout le monde peut y arriver », poursuit Arnaud Gillin.

« Le label permet de formaliser une mission et une vision que nous partageons avec nos collaborateurs, nos partenaires et tous les autres acteurs de la société concernés » Carlo Hein

Les freins à l’implémentation de ce modèle

Malgré les efforts entrepris par chacun, difficile toutefois d’imaginer un monde demain 100 % B Corp. De nombreux obstacles freinent encore un tel déploiement. « Pour les anciennes structures ou les grands mastodontes, dont l’objectif est de maximiser les profits des actionnaires, la mise en œuvre d’un nouveau modèle vertueux reste très compliquée. Par contre, une start-up qui ne prend pas en compte les critères sociétaux et environnementaux en 2020, non seulement agit de manière presque criminelle, mais en plus va droit dans le mur, assure Arnaud Gillin. Il y a également un gap générationnel à considérer. Certaines personnes qui ont galéré dans les années 60 et 70 ont du mal à comprendre pourquoi elles devraient partager la valeur créée avec tout le monde. Pour les générations suivantes, c’est plus simple à envisager. »

Les mentalités évoluent et la pression se fait de plus forte sur les entreprises qui ne jouent pas le jeu. Et ce n’est qu’en rendant leur modèle d’affaire plus soutenable, plus solidaire et plus transparent qu’elles parviendront à tirer leur épingle du jeu dans les années à venir. Car désormais, le business doit se mettre au service du bien. 

 

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