Connecter la recherche, de Luxembourg à la Silicon Valley

MyScienceWork, la plateforme digitale développée par Virginie Simon au départ de Luxembourg, connecte désormais 500 000 chercheurs à travers le monde.

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MyScienceWork, la plateforme digitale développée par Virginie Simon au départ de Luxembourg, connecte désormais 500 000 chercheurs à travers le monde. Elle regroupe et analyse des millions de données scientifiques.
L’entrepreneuse française compte désormais parmi les rares femmes CEO de la Silicon Valley. Depuis la côte ouest américaine, elle garde en permanence un œil sur la recherche et le développement toujours menés au Luxembourg. – Par Jeanne Renauld, paru dans le supplément Luxemburger Wort, Mai 2017

 

Une école d’ingénieur en biotechnologie, une licence en philosophie, un master en génétique puis un doctorat sur l’utilisation des nanotechnologies dans la lutte contre le cancer. Virginie Simon dispose d’« une tête bien faite », selon l’expression consacrée. Rien ne la prédestinait pourtant au monde de l’entrepreneuriat. C’est au cours de ce brillant parcours qu’est née, en 2010, l’idée de MyScienceWork.
« Pendant ma thèse, j’ai eu l’opportunité de travailler au sein d’une start-up qui, en tant que structure privée, n’avait pas accès aux articles scientifiques, explique-t-elle. J’en avais marre de cette science mise sous cloche. Mon souhait, à travers MyScienceWork, était de démocratiser l’accès aux sciences, de faciliter les collaborations et d’ainsi permettre l’évolution de la société. » Un projet ambitieux qu’elle développe avec Tristan Davaille. « Diplômé d’une école de commerce, il a un profil et un parcours différents du mien mais très complémentaires », commente- t-elle.

Une première levée de fonds au Luxembourg

« Nous avions, dès le début, une idée précise de ce que nous voulions créer : une plateforme collective qui rassemble le contenu scientifique de manière simple et efficace. Nous avions plein de bonnes idées… mais pas d’argent. » Pour se faire connaître, les fondateurs créent et fédèrent une communauté autour du libre accès, écrivent des articles sur le sujet. L’incubateur Paris Pionnières les accueille. Le travail et la persévérance finissent par payer. Une première levée de fonds, d’1,2 million d’euros, leur est proposée au Luxembourg, « un pays idéal, en plein cœur de l’Europe, qui propose aux start-ups des programmes innovants et des subventions importantes dont nous avons pu bénéficier, confie-t-elle. Cette levée de fonds, c’était une vraie opportunité » Et Virginie Simon ne l’a pas gâchée. Grâce à ces investissements, la jeune entrepreneuse parvient à développer la plateforme digitale dont elle a rêvé en tant que chercheuse. La première version voit le jour en 2013.

Le grand saut

15_myscienceworks-teamUn an plus tard, le programme « Plug and Play », un accélérateur de start-up, propulse Virginie Simon et une partie de ses collaborateurs au pays de l’Oncle Sam. Direction la Silicon Valley, cet « écosystème incroyable » où les géants du web – Google, Facebook, Apple ou encore eBay – ont installé leur campus. « Nous avons fait nos valises, pour la société. Certains membres de l’équipe se sont mariés, pour que leur compagne ou compagnon puisse les suivre… MyScienceWork, c’est plus qu’une entreprise, c’est une véritable aventure humaine. » Le programme, d’une durée de trois mois, permet de voir si le modèle développé par la start-up en Europe, depuis le Luxembourg, est compatible sur marché américain. Il s’avère que oui. Aujourd’hui, MyScienceWork dispose d’une filiale à San Francisco et y emploie cinq personnes. Pour cette Française originaire de Tours, « c’est comme un rêve qui devient réalité ». Cette présence américaine est aussi l’occasion pour MyScienceWork de se lancer dans le Big Data et l’analyse des données rassemblées sur la plateforme.

A San Francisco, à Paris, à Luxembourg

Virginie Simon n’en oublie pas pour autant ses racines. MyScienceWork est et restera avant tout une société luxembourgeoise. Le département recherche et développement et le département informatique, qui comprennent cinq personnes, sont implantés à Luxembourg, « et ils vont continuer à grandir là ». De plus, deux commerciaux de MyScienceWork sont présents à Paris. « Je suis à San Francisco mais aussi à Luxembourg et à Paris. Tous les jours, je suis en contact avec mes équipes », commente la jeune chef d’entreprise. Du coin de l’œil, elle regarde ce qui se passe dans notre pays. « Si la Silicon Valley est un lieu clé en ce qui concerne les avancées technologiques, le Luxembourg évolue lui aussi à grande vitesse.»

De jour en jour, MyScienceWork progresse. La plateforme regroupe désormais 66 millions de publications scientifiques et brevets dans 30 disciplines différentes, accessibles à tous. Elle est utilisée par 500.000 chercheurs et attire plus d’un million de visiteurs par mois. L’entreprise a développé un portefeuille de clients prestigieux, qui rassemble des universités et instituts de recherche renommés comme le SETI Institute de la NASA ou l’Université Stanford.

Femme et CEO

Dans « ce monde très masculin des technologies et des sciences », Virginie Simon a su trouver sa place. « Les femmes y sont sous-représentées, encore plus quand on parle de CEO ou de co-fondateur. C’est un constat lourd et pénible. » Pourtant, sa condition de femme, elle en a fait un atout. « Comme nous sommes peu nombreuses en tant que femmes leaders, nous nous faisons rapidement respecter », poursuit-elle. A travers son im plication dans diverses associations, Virginie Simon souhaite valoriser et donner la parole aux femmes dans les sciences, dans l’innovation, dans l’entrepreneuriat. « Aux Etats-Unis, il y a encore beaucoup à faire dans le domaine. Ici, le schéma familial est très marqué. Les chefs d’entreprise sont la plupart du temps des hommes célibataires, sans enfant. »

Mesurer sa chance

Dans cette vie à 100 à l’heure, Virginie Simon tente tout de même de s’accorder quelques instants de répit. En famille surtout. Parmi ses passions, elle évoque tout sourire son « petit garçon de trois ans » mais aussi « les voyages et les découvertes ». De nature très curieuse, Virginie Simon est une touche-à-tout. « J’aime beaucoup l’astronomie », en témoigne la lunette de vue qu’elle pointe du doigt juste derrière son bureau, « et le sport, comme le kayak et le tennis. Mais il faut du temps pour ça ». Et dans la Silicon Valley, le temps n’a pas la même valeur. « Aux Etats-Unis, l’organisation du travail n’est pas du tout pyramidale. Chacun est leader d’un projet, en fonction de ses affinités. Les horaires n’ont pas d’importance, pourvu que le projet aboutisse. Il y a un vrai sacerdoce par rapport au travail. Les gens mesurent la chance qu’ils ont d’être ici. Ils sont conscients que tout peut s’arrêter demain. Il en ressort une énergie incroyable qui me pousse chaque jour à continuer. »