CSV : « être une place de premier choix pour le développement d’activités dans le numérique »

ITnation est allé à la rencontre des principaux partis politiques dans la perspective des élections législatives. Nous leur avons demandé quelles étaient leurs priorités pour un Luxembourg plus digital.

En cette période électorale, ITnation est allé à la rencontre des principaux partis politiques pour leur demander quelles étaient leurs priorités pour un Luxembourg plus digital. Pour le CSV, parti qui a profité d’une cure d’opposition tout au long de cette législature, c’est le chef de file, Claude Wiseler, qui a répondu à nos questions.

 

Comment comptez-vous, à travers votre programme, soutenir le développement de l’économie digitale luxembourgeoise ?

Notre programme définit sept secteurs à renforcer pour assurer le développement et la diversification de l’économie luxembourgeoise. L’ICT fait partie de ces domaines d’activité sur lequel on pourra construire l’économie de demain. A notre époque, il est essentiel que le Luxembourg se positionne comme une place de premier choix pour permettre le développement d’activités dans le numérique. C’est une vision que je défends depuis longtemps. A l’époque où j’étais ministre des Travaux publics (2004-2009), nous avons beaucoup investi dans le déploiement des autoroutes de l’information, pour renforcer la connectivité de Luxembourg. Quelques années plus tard, en tant que ministre de la Fonction publique, nous avons engagé un travail de digitalisation de l’administration, avec un premier portail destiné aux citoyens ou encore avec la création de Luxtrust. Ces investissements sont les bases sur lesquelles on continue à construire un Luxembourg digital. Je pense qu’il faut poursuivre les efforts dans cette voie, pour combler quelques faiblesses existantes.Selon le rapport annuel DESI de la Commission européenne, l’indice européen qui mesure la performance de l’économie et de la société numériques des pays de l’Union européenne, le Luxembourg est à la traîne en matière d’intégration des technologies numériques au niveau des entreprises (22eposition sur 27). Pour ce qui est des services publics numériques, nous nous situons à la 17eposition du classement. Enfin, il y a aussi mieux à faire en matière de soutien et de développement des start-up. Plusieurs initiatives de l’actuel Gouvernement doivent être saluées, comme l’implantation de Google, l’établissement de connexions redondantes ou encore le projet HPC, la mise en place d’aides au start-up ou encore l’idée de créer l’Internet de l’énergie. Cependant,il faut continuer à soutenir et intensifier le développement d’une économie digitale.

 

Selon votre parti, quel rôle doit jouer le digital dans l’amélioration de la société luxembourgeoise et de son économie ?

Le digital est un vecteur essentiel de changement. Il transforme considérablement et durablement notre façon de vivre. A ce sujet, il est essentiel d’accompagner tous les citoyens dans cette transition, en veillant à ne laisser personne sur place. Il y a un enjeu réel à permettre à tout le monde d’adopter la technologie, mais aussi de garantir le maintien de services non digitaux pour les personnes qui n’ont pas su adopter les nouvelles technologies. Luxembourg, en tant que petit pays capable de réagir vite, peut devenir un exemple de nation digitale, capable d’offrir de meilleurs services à tous les citoyens comme aux entreprises.Il faut donc s’engager activement dans la digitalisation. Et l’administration publique doit montrer l’exemple, en faisant mieux qu’aujourd’hui. Pour cela, je pense qu’il faut confier les enjeux de la transformation digitale de l’ensemble de l’administration à un seul ministère, mettre en place une gouvernance et une coordination centralisées, qui nous permette d’aller plus vite, de faire mieux. On arrive encore trop difficilement à une numérisation des procédures administratives de bout en bout. Dans le domaine fiscal, par exemple, si la déclaration peut être réalisée en ligne, son traitement n’est pas suffisamment digitalisé. On peut considérablement gagner en efficacité de cette manière, pour mieux servir nos concitoyens.

 

En matière de digital, dans quoi faut-il investir en priorité et de quelle manière ?

Au-delà de l’accélération du chantier de la digitalisation de l’administration publique, il faut stimuler la digitalisation des entreprises et particulièrement des PME. Un des moyens de les soutenir réside dans une plus grande ouverture des données publiques, pour notamment permettre le déploiement de nouveaux services. Il faut aussi tout mettre en œuvre pour faciliter le télétravail, et ce même au-delà des frontières. Nous devons discuter des possibilités en la matière avec nos homologues à l’étranger. Si ces dossiers ne sont pas forcément évidents à régler, en matière de gestion de la fiscalité notamment, cela vaut la peine d’essayer. Sur l’éducation et l’enseignement, il y a beaucoup à faire. Le simple fait d’acheter des iPad et de les distribuer aux étudiants n’est pas suffisant. Il faut inscrire la démarche dans un projet pédagogique, voir comment ces outils peuvent mieux servir la formation, accompagner les enseignants. Il faut que les enjeux digitaux intègrent l’ensemble des matières. Au niveau de l’Université, beaucoup d’efforts sont engagés autour des nouvelles technologies. Je souhaite pour ma part que l’Université et les entreprises travaillent beaucoup plus ensemble, en bonne complémentarité. Au niveau des infrastructures, la participation du Luxembourg au projet HPC européen est une bonne chose, même si on peut se demander où en est le projet au-delà des effets d’annonce. On avait annoncé que les entreprises pourraient profiter de ce nouvel outil. Force est de constater qu’elles ne sont pas encore informées, qu’elles ne savent rien de ce projet. La mise en place du réseau 5G constitue aussi une priorité.

Au niveau réglementaire, je pense qu’il faut mener des chantiers pour permettre une meilleure exploitation des données, faciliter le crowdfunding, clarifier le cadre d’utilisation de la blockchain dans le contexte de la place financière. Il est essentiel que nous soyons les premiers dans le domaine de la fintech, notamment pour ce qui concerne les fonds d’investissements. Au niveau fiscal, nous ne sommes pas satisfaits du texte voté autour de l’IP Box (qui définit les régimes fiscaux préférentiels autour des revenus générés par la propriété intellectuelle). Notamment, nous souhaiterions qu’une troisième catégorie d’actifs soit éligible. Celle-ci vise les actifs de propriété intellectuelle issus d’activités innovantes entreprises par des PME. Cela soutiendrait notamment l’éclosion de start-up au Luxembourg. Dans le même état d’esprit, je suis favorable à la mise en place d’incitants fiscaux pour les investissements privés dans des start-up, afin d’encourager la mobilisation de l’épargne en faveur du développement économique.Je souhaite aussi qu’on réforme la loi qui encadre la SNCI, afin d’en faire la véritable banque des PME, qu’elle devienne un meilleur instrument de financement des PME, en faveur notamment d’investissements dans la transition digitale ou encore pour des développements dans l’économie circulaire. Je souhaite aussi introduire une réserve immunisée pour les entreprises, autrement dit une défiscalisation pour des sommes dédiées à l’agrandissement du capital, leur permettant de disposer d’une meilleure trésorerie.

 

La pénurie des talents dans le domaine technologique est criante. Quelles pistes comptez-vous explorer pour y remédier ?

La formation continue est essentielle. Il est important d’accompagner le personnel dans les transitions à l’œuvre. Beaucoup de bonnes choses ont été entreprises dans cette voie, à travers Digital Luxembourg ou encore l’initiative Digital Skills Bridge. On peut aussi saluer les programmes d’accompagnement mis en place par la Chambre de Commerce ou la Chambre des Métiers. Je pense toutefois qu’il serait utile d’arriver à une meilleure politique de coordination en la matière, démontrer une véritable volonté politique de transition des compétences.  

 

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