Dans l’open space avec Romain Gossent

Notre titre de rubrique ne sied sans doute pas bien à Romain Gossent, qui reconnaît « ne pas être fan de l’open space ». Le Chief Human Ressources Officer de East-West United Bank se démarque par sa vision de la gestion des ressources humaines comme levier de résilience dans un contexte délicat. 

Romain Gossent, Chief Human Ressources Officer – East-West United Bank

 

En 2021, quel est le principal défi en ce qui concerne la gestion des ressources humaines ?

Je crois que notre principal challenge est aujourd’hui de continuer à soutenir le développement du business dans ce contexte de crise sanitaire. Il ne faut pas perdre de vue que le nerf de la guerre, cela reste les revenus générés par les entreprises, qui permettent de maintenir l’emploi. Les banques s’en sortent bien, mais de nombreux secteurs sont durement impactés, avec des activités qui ont dû être mises à l’arrêt durant plusieurs mois. Cela fera donc du dégât et, in fine, les banques pourraient également être impactées. 

Dans votre secteur, comment parvenez-vous à jouer ce rôle, alors que les modèles organisationnels ont été bousculés par la crise ?

Il faut veiller à accompagner les collaborateurs, parvenir à mettre de l’huile dans les rouages pour que la machine continue à tourner. Pour nous, le télétravail a été un choc. Ce n’était pas dans la culture du secteur bancaire au Luxembourg, car il y a toujours ce besoin, pour certains managers, d’avoir un contrôle sur les collaborateurs. En outre, l’accès aux données bancaires depuis un autre pays que le Luxembourg posait problème. Nous nous sommes donc adaptés dans l’urgence, mais je crois que cette adaptation n’est toujours pas optimale aujourd’hui. L’un des principaux risques que nous avons identifiés est de voir les managers donner trop de travail aux collaborateurs, pour être certains qu’ils ne bayeront pas aux corneilles. Or, cela met une pression inutile sur les travailleurs. Il est donc indispensable d’éviter l’apparition de ce genre de réflexes managériaux pour parvenir à une pratique apaisée du télétravail. 

Comment assurez-vous l’intégration de nouveaux collègues aujourd’hui ?

Nous organisons des événements électroniques, à distance. Mais nous demandons aussi à chaque nouveau collaborateur de passer au moins ses deux premières semaines de contrat au bureau, afin de rencontrer tout le monde, de voir son lieu de travail. Sans cela, les nouveaux employés auront beaucoup de difficultés à contacter des personnes qu’ils n’ont jamais rencontrées. Or, c’est indispensable dans le travail quotidien. Nous veillons donc à construire ce lien professionnel, tout en offrant toutes les garanties sanitaires nécessaires. 

La banque, comme la plupart des autres secteurs, est en pleine digitalisation. Comment parvenez-vous à recruter des profils IT, qui étaient déjà rares avant la crise ? 

Je dois dire que nous avons eu beaucoup de chance. Nous avions décidé, en 2018, d’accélérer la digitalisation de notre banque et, en mars 2020, nous avions recruté l’ensemble des profils nécessaires pour mener à bien ce travail. Par contre, c’est au niveau du front que nous avons eu quelques difficultés, notamment pour les profils de banquiers privés ou de banquiers des entreprises. Notre clientèle étant russophone, et pas présente à Luxembourg, nous cherchons à recruter des native speakers en Europe, ou hors de l’Europe. Nous demandons à nos nouvelles recrues de rejoindre Luxembourg au moins pour une journée, afin qu’elles découvrent la ville et nos locaux. Mais avec les lockdowns, et même la fermeture des frontières à un moment, les délais pour faire venir ces nouveaux collaborateurs ont été terriblement allongés : nous avons parfois dû attendre six mois !

« Je n’ai jamais été un grand fan des open spaces. EWUB est installée dans deux villas luxembourgeoises et nos bureaux sont aménagés dans les anciennes pièces de ces maisons. Nous nous retrouvons donc, en fonction de la taille de chaque département, de 2 à 6 personnes par bureau. C’est très confortable et je crois que cela permet à chacun d’être plus productif que dans un open space. Cela dit, je suis bien conscient que c’est plus facile pour une structure comptant 110 collaborateurs, comme la nôtre, que dans de plus grandes entreprises où l’espace doit forcément être optimisé… »
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