En renouvelant son IT, la banque change de modèle

La transformation des plateformes bancaires, qui répond à l’évolution des besoins métiers, est aujourd’hui l’occasion de refondre tout le modèle opérationnel des banques. Confrontées à la nécessité de réduire leurs coûts de fonctionnement, les institutions bancaires externalisent en effet de plus en plus d’infrastructures et de processus. Ce qui impacte également les sociétés qui les conseillent.

Pascal Vaucouleur, Associate Partner – EY Luxembourg

Le secteur bancaire a connu de nombreux bouleversements au cours des dernières années. La transformation digitale et les vagues réglementaires ont notamment beaucoup impacté l’industrie, en réduisant sa profitabilité. Toutefois, il est toujours nécessaire, aujourd’hui tout autant qu’hier, de faire évoluer ses outils IT, infrastructures, d’applications ou processus notamment. « Les besoins métier évoluent constamment, et c’est le rôle de l’IT de proposer des solutions techniques qui y répondent le plus efficacement possible, explique Pascal Vaucouleur, Associate Partner chez EY Luxembourg. Mais dans un contexte où l’on tente de réduire autant que possible les coûts, les solutions IT sont de moins en moins souvent développées en interne, comme on le faisait encore il y a 20 ans. La plupart du temps, les banques choisissent au contraire d’externaliser l’IT, pour se concentrer sur leur cœur de métier.

Une évolution récente

Alors que les banques ont déjà commencé à externaliser leurs infrastructures IT au cours des dernières années, elles n’hésitent désormais plus à externaliser également les applications et les processus. Cette évolution est somme toute récente. « Il y a quatre ou cinq ans, de nombreux acteurs refusaient encore de franchir le pas. Mais depuis lors, des banques d’envergure ont externalisé des processus et/ou des applications. Au-delà de ces exemples, on peut dire sans hésiter que tous les acteurs réfléchissent à une externalisation », estime Pascal Vaucouleur.
On l’a dit, la principale raison qui pousse les banques à externaliser leur IT est le coût que représente un changement de plateforme informatique. Au moment de remplacer leur système informatique, elles réfléchissent donc à une solution externe, moins coûteuse.

« Évidemment, l’autre raison est l’obsolescence de certains systèmes informatiques conçus par les banques elles-mêmes dans les années 70. Ceux-ci sont parfois complètement dépassés et freinent la transformation digitale de l’institution, poursuit le Directeur Associé d’EY Luxembourg. Dans ces cas-là, il est préférable de faire table rase et concevoir les choses autrement, plus forcément en interne. »

Réinventer le modèle

Quand ce cas se présente, la décision de refonder l’intégralité du système informatique est souvent prise au niveau du siège de l’institution. Et elle est l’occasion de le rendre moins monolithique, en fonctionnant avec des hubs décentralisés plutôt qu’en rassemblant l’ensemble des outils en un seul point. «Les modèles deviennent plus hétérogènes : les banques choisissent des partenaires spécialisés qui leur permettront d’être meilleures sur le crédit avec l’un, plus efficaces sur les solutions de paiement avec un autre, etc.», précise Pascal Vaucouleur. Mais cette réorganisation n’entraîne-t-elle pas plus de complexité pour les personnes en charge, à l’intérieur de l’institution bancaire ? «C’est effectivement un risque, reconnaît le Directeur Associé d’EY Luxembourg. D’un côté, on dispose des meilleures solutions pour chaque besoin, mais, de l’autre, le suivi et la maintenance peuvent être plus difficiles, puisqu’on multiplie les partenaires. De plus, les filiales locales des banques sont de moins en moins consultées pour ces projets de transformation : les choix de solutions et de modèles sont imposés et pilotés par le siège. Elles subissent ces changements et doivent s’adapter.»

L’expertise luxembourgeoise reconnue

Les changements de plateforme IT n’étant plus forcément décidés et pilotés depuis le Luxembourg, les sociétés de conseil qui y sont implantées doivent arriver à se positionner au plus près de ces centres de décision. «Le Luxembourg a une réelle expertise dans la mise en place de nouveaux systèmes informatiques au cœur des banques, estime Pascal Vaucouleur.
Au sein même d’EY, notre bureau luxembourgeois est le centre d’expertise pour ce type d’opérations. Cela signifie que nous sommes actifs dans des pays d’Europe, d’Asie, du Moyen-Orient, d’Amérique du Sud, mais aussi en Australie, au Canada, etc.»
L’une des tâches de Pascal Vaucouleur est de piloter les équipes d’EY Luxembourg dans les missions menées dans ces différents pays ; une fonction qui nécessite de rester au courant des dernières solutions disponibles sur le marché. «Avec l’intensification du rythme du changement technologique, cette veille sur les nouveautés est une activité majeure. De nouveaux acteurs font régulièrement leur apparition, mais il faut aussi suivre les différentes consolidations qui ont lieu entre acteurs existants, explique Pascal Vaucouleur. Notre rôle est d’être à l’interface entre les éditeurs de solutions IT et nos clients, afin de leur apporter le meilleur conseil possible sur les choix à poser.»

Qui a peur du cloud ?

Ces solutions proposées aux acteurs bancaires passent de plus en plus souvent par le cloud. Une pratique qui, loin d’effrayer les banques, est devenue de l’ordre du sens commun. «Les institutions bancaires ne ressentent plus le besoin de posséder leur plateforme en propre. Tant que les garanties de sécurité sont réunies et que le service métier qui est proposé est à la hauteur, il n’y a plus aucun souci. Or, les acteurs qui offrent aujourd’hui ces services ont atteint un très haut niveau de maturité, et répondent à ces attentes», indique le Directeur Associé d’EY Luxembourg. Hélas, ces solutions ne sont pas conçues au Luxembourg. «Cela paraît étrange que si peu de sociétés se soient lancées dans ce secteur au Luxembourg, mais c’est une réalité. Aujourd’hui, c’est un acteur suisse qui est le numéro un. C’est peut-être lié au fait que les décisions sont aujourd’hui prises au niveau des groupes et qu’une société luxembourgeoise est loin de ces centres de décision.» Malheureusement, il est un peu tard pour inverser la tendance. « Une banque qui veut se lancer dans le BPO jettera son dévolu sur un acteur existant, à la réputation établie. Pour ceux qui voudraient débuter cette activité aujourd’hui, on peut dire que le train est déjà passé… », conclut Pascal Vaucouleur.