Entre confiance et expérience, le rôle de l’identité numérique

Nos documents d’identification physique, comme la carte d’identité ou le passeport, appartiendront-ils bientôt au passé ? En juin dernier, la Commission proposait un cadre européen relatif à une identité numérique qui serait accessible à tous les citoyens, résidents et entreprises de l'UE. Si l’enjeu premier est de garantir la sécurité de chacun, le développement de l’identité numérique doit aussi contribuer à améliorer l’expérience utilisateur (simple, rapide et sécurisée).

 

Serge Hanssens, Partner, PwC Luxembourg

Dans quelques années, chaque citoyen européen devrait avoir la possibilité de prouver son identité et de partager des documents électroniques à partir de son portefeuille européen d’identité numérique. C’est ce qu’a annoncé, début juin, la Commission européenne. Qu’est-ce que cela veut dire ? Pour faire simple, il ne sera plus nécessaire de présenter sa carte d’identité ou son passeport pour s’authentifier, que ce soit aux frontières lors d’un contrôle par les autorités, ou pour réaliser diverses opérations en ligne. « Actuellement, le besoin de recourir à de nouveaux outils pour identifier les personnes en garantissant un niveau de sécurité élevé, s’accélère », commente Serge Hanssens, Partner, PwC Luxembourg. Il importe à la fois de garantir une sécurité plus élevée des identités des personnes en ligne, de simplifier et faciliter l’usage d’une identité numérique autant que de lutter contre le phénomène de falsification des documents d’identification physique. »

Multiplication des identités numériques

Si l’enjeu premier est de préserver l’identité des citoyens européens, en évitant qu’elle soit usurpée par des tiers, le recours à l’identification numérique répond à d’autres préoccupations. Tout d’abord, chacun doit prendre conscience qu’il dispose déjà d’une identité numérique. En réalité, chacun a sans aucun doute plusieurs identités numériques. « Au-delà de l’identité gouvernementale, chacun dispose d’une identité bancaire, lui permettant de réaliser des opérations en ligne. A travers l’ensemble des données que l’on transmet pour bénéficier d’un service, numérique ou non, les opérateurs ont la possibilité de vous identifier. Les réseaux sociaux, par exemple, en disposant de nombreuses données sur nos habitudes et comportements sont en capacité de vous identifier facilement, sans que l’on ait forcément à décliner son prénom et son nom, poursuit Serge Hanssens. La manière dont on navigue sur un site, avec laquelle on tape sur un clavier, sa localisation,  peut permettre par exemple de confirmer votre identité. »

Améliorer l’expérience de chacun

Dans cet environnement, il y a un réel enjeu à faciliter l’identification numérique que de garantir la sécurité et l’intégrité de l’identité des utilisateurs.

La gestion des identités numériques est d’ailleurs au cœur de nouveau modèle business.

Par exemple, les opérateurs de service de paiement se projettent déjà en provider de confiance d’identité numérique. « VISA, par exemple, dispose

d’une connaissance fine de chacun de ses clients et d’un réseau étendu de fournisseurs de services ou de commerçants acceptant leurs cartes, précise Serge Hanssens. En outre, c’est un prestataire de confiance qui, demain, pourrait permettre à ses utilisateurs de s’identifier de manière sécurisée auprès de nombreux acteurs, améliorant l’expérience de chacun lors d’opérations en ligne ou lorsqu’ils souhaitent profiter de service dans la réalité physique. » Autre exemple : l’alliance de compagnies aériennes Star Alliance a mis en place la possibilité d’offrir un service avancée de gestion de l’identité de ses clients. De cette manière, l’objectif est d’améliorer l’expérience des voyageurs en déplacement, en facilitant leur identification à l’embarquement et tout au long de leur périple, au moment de retirer une voiture de location, d’accéder à l’hôtel, etc. « L’idée, pour ces acteurs, est de conserver le lien fort avec leurs clients en offrant cette identité simple à utiliser, sécurisée et pratique , tout en se faisant rémunérer auprès des fournisseurs de services, en tant qu’acteur de confiance tout au long d’une chaîne de valeur, et ce en offrant la possibilité aux utilisateurs d’accéder à une expérience améliorée », commente Serge Hanssens. Comme VISA se rémunère déjà sur chaque paiement, il pourrait le faire à l’avenir chaque fois qu’il permettra à un utilisateur de s’identifier facilement et en confiance.

Entre acteurs privés et publics, l’enjeu de la confiance

A l’avenir, la gestion des identités numériques devrait donc être assurée par des acteurs de confiance, privés ou publics, dépendant de la sensibilité de chacun.

La Commission européenne, à travers son initiative, entend préserver et sécuriser l’identité numérique de chacun de ses citoyens, de la même manière qu’elle souhaite veiller à protéger les données personnelles de chacun avec le RGPD. On peut effet se demander s’il est opportun de laisser la gestion des identités des citoyens européens entre les mains de géants du numérique américains ou asiatiques, à l’instar des GAFAM ? « Au-delà des enjeux de sécurité et de souveraineté, l’identité digitale européenne devrait permettre d’accéder à d’importants gains de productivité et permettre des réductions de coûts, poursuit Serge Hanssens. C’est certainement un catalyseur important de la transformation numérique et de l’intégration européenne, un réel levier de compétitivité. En recourant à l’identité numérique européenne, chaque citoyen devrait pouvoir s’identifier facilement auprès de nombreuses institutions et fournisseurs de service. Au cœur de ces développements, la confiance demeurera un enjeu central. »

 

 

 

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