Ethique et pertinence définiront l’avenir d’Accenture

Il y a quelques jours aux Rotondes de Luxembourg, Accenture fêtait le trentième anniversaire de son arrivée au Grand-Duché. Au cours de cette soirée, marquée par la présence de Xavier Bettel et par les démonstrations à mi-chemin entre magie et haute technologie proposées par Marco Tempest, nous avons interrogé Laurent Moscetti, Country Managing Director d’Accenture Luxembourg, sur l’évolution future de l’entreprise et du marché.

Au cours de votre intervention, vous avez pointé l’intelligence artificielle comme la technologie sur laquelle il faudra concentrer ses efforts ces prochaines années. Concrètement, comment pourra-t-elle aider les entreprises et dans quels secteurs particuliers ? 

Il est difficile de pointer un secteur ou une application en particulier. En effet, la richesse de cette technologie est d’être véritablement transversale, capable d’enrichir d’innombrables champs d’activités. Accenture aide ainsi les entreprises qui font appel à nous à définir la valeur recherchée et de concert avec les équipes de l’entreprise nous conduisons le projet qui amène finalement au développement d’une application concrète. Ce qui est clair, c’est que l’utilisation de l’IA ne se limitera pas au domaine financier, pour lequel nous avons beaucoup travaillé par le passé. Les applications potentielles sont très larges. Elles auront tout d’abord un impact certain sur l’expérience utilisateur en permettant de mieux guider l’utilisateur vers le service dont il a vraiment besoin, en offrant un accompagnement plus pertinent. Les collaborateurs des entreprises seront également mieux épaulés par l’IA dans le futur, qu’il s’agisse de les aider à rester en conformité par rapport aux nombreux changements législatifs, ou à disposer des mêmes connaissances que les clients, qui sont de mieux en mieux informés. A mon sens, l’IA lorsqu’elle est  combinée à d’autres technologies démultiplie son  impact : l’association de la réalité augmentée, la reconnaissance faciale et de l’IA par exemple sont extrêmement riches en cas d’application etc.

 

Accenture semble également très attentif aux défis éthiques que soulève l’usage massif d’applications ayant recours à l’intelligence artificielle. Comment comptez-vous répondre à ces défis ?

En plus de développer des compétences minutieuses sur les nouvelles technologies, nous travaillons à la mise en place de garde-fous éthiques par rapport à ces technologies. Dans tout ensemble de données utilisées pour la prise de décision, des biais peuvent se présenter. Ainsi, si un recruteur est aidé par un outil utilisant l’intelligence artificielle pour faire le tri parmi 6.000 CV, il est possible que cet outil, aiguillé par les choix précédents du recruteur, finisse par ne lui proposer que des profils issus d’un même groupe d’école, par exemple. Nous avons donc développé un « outil d’évaluation d’équité » – fairness assessment tool – qui pourrait être appliqué à de nombreuses solutions utilisant l’IA dans le but d’éviter ces biais.

 

Le public se montre-t-il intéressé par ce genre de développements « éthiques » ? Des collaborations pourraient-elles voir le jour ?

Nous travaillons déjà avec de nombreuses entreprises du secteur privé, et nous avons débuté des discussions avec certains gouvernements en vue d’une collaboration. Ce serait particulièrement intéressant de le faire au Luxembourg, au vu de l’écosystème en place. Nous aurons prochainement l’opportunité d’en débattre avec l’ICT Cluster de Luxinnovation, que nous venons de rejoindre.

 

Dans son discours, Xavier Bettel a évoqué le retard de l’Europe en ce qui concerne l’IA par rapport à la Chine ou aux Etats-Unis. Le risque n’est-il pas de vouloir rattraper trop vite ce retard en faisant fi des précautions élémentaires, en matière de protection des consommateurs notamment ?

A ce stade, je ne crois pas que la question soit de savoir si l’on va assez vite ou pas assez. Ce qui est fondamental, c’est la notion de confiance, qu’a également évoquée le Premier ministre. Développer l’intelligence artificielle demande que nous posions les premières pierres de l’édifice, en démontrant que l’on respecte les droits fondamentaux des individus. Nous pourrons ensuite accélérer en construisant sur cette base. Ce qu’il convient de renforcer immédiatement, c’est l’éducation. Les technologies évoluent si rapidement qu’il est particulièrement important d’en inculquer le fonctionnement au plus grand nombre. On parle beaucoup d’apprendre à coder aux jeunes enfants. Pourquoi pas ?

 

Vous travaillez avec de nombreuses start-up. Comment s’organise votre collaboration avec elles ?

Nous avons créé une structure appelée « Accenture Ecosystem Management and Ventures » qui nous permet d’intégrer les éléments disruptifs apportés par les start-up, ou simplement ceux qui permettent d’améliorer ce qui existe déjà. Au sein de cette structure, nous orientons les start-up vers les business qui nous semblent les plus porteurs en fonction du produit ou du service qu’elles développent. Selon nous, c’est là que se trouve l’intérêt de l’écosystème : il permet de favoriser la mise en relation avec les bonnes industries. En outre, nous suivons de très près l’actualité des start-up, les nouvelles jeunes pousses qui émergent. Une liste de FinTech, qui peut être alimentée par n’importe quel collaborateur d’Accenture, est par exemple actualisée continuellement pour que nous puissions savoir à tout moment quelle start-up développe un produit ou une technologie qui pourrait intéresser l’un de nos clients.

 

Comment la créativité de vos équipes et des ces start-up se transforme-t-elle finalement en cas d’application concret ?

La bonne technologie est celle dont l’application a un impact véritable et positif sur une communauté. Pour cela, il faut qu’elle apporte de la valeur et de la pertinence. Au cœur d’Accenture, nous faisons le lien entre des compétences technologiques pointues et les enjeux de différentes industries. Nous travaillons en cocréation : un client nous parle d’une thématique, d’un enjeu, nous identifions la FinTech qui peut proposer une technologie adaptée, puis nous briefons notre « Liquid Studio », qui se charge de commencer à développer un prototype, en travaillant par sessions d’une à deux semaines. Cela permet de confirmer ou d’infirmer, pas à pas, la direction qui est prise, et de proposer un produit qui donne déjà une idée de ce qu’il est possible de faire. De cette manière, nous passons au-dessus de toute forme de dogme informatique, d’attachement à une technologie ou à une autre : nous allons chercher la compétence et la technologie qui sont les plus pertinentes, là où elles se trouvent.