« ICO, la CSSF est dans son rôle et réaffirme son ouverture »

Le 14 mars dernier, la CSSF publiait deux avertissements relatifs aux monnaies virtuelles et aux ICO, cette pratique permettant à des entrepreneurs de lever des fonds grâce aux crypto-monnaies. Faut-il voir à travers l’émission de ces deux avis, principalement adressés aux investisseurs, une prise de position du régulateur luxembourgeois ? Avec quel impact ? Nous avons posé ces questions à Gaël Denis, Technology media & Telecom partner – Fintech leader au sein d’EY Luxembourg.

Gaël Denis, Partner/TMT and Fintech Leader – EY Luxembourg

Les deux avertissements émis par la CSSF la semaine dernière ont été beaucoup commentés. Certains les ont considérés comme des prises de position timorées du régulateur vis-à-vis des nouvelles possibilités qu’offrent les crypto-monnaies. Qu’en pensez-vous ?

La CSSF a émis deux avertissements envers les investisseurs. A travers eux, le régulateur rappelle les risques, bien réels, inhérents à l’utilisation des monnaies virtuelles ou à la souscription à des ICO. On ne parle pas d’autre chose. Et certainement pas de nouvelles mesures ou d’une nouvelle régulation en la matière, ni d’une interdiction de l’usage de ces technologies. La CSSF est dans son rôle, celui de protéger les investisseurs. Dans sa démarche, en outre, elle indique clairement qu’elle continue à suivre et à analyser les évolutions technologiques.

A l’international, d’autres places financières semblent faire preuve de plus d’ouverture à l’égard des nouveaux usages qui peuvent découler des possibilités offertes par les crypto-monnaies ou la blockchain…

A travers ces deux avertissements, la CSSF ne ferme pas la porte aux nouvelles possibilités offertes par la technologie. Au contraire, elle rappelle que toute démarche portée par des acteurs doit s’inscrire dans un cadre réglementé et invite donc les acteurs désireux de développer des solutions dans ce segment à déposer un dossier. C’est au marché à répondre aux attentes du régulateur, et non l’inverse. La CSSF est dans son rôle et, contrairement à ce qu’affirment certains commentaires, elle fait preuve d’ouverture. Il faut rappeler que, il y a quatre ans déjà, la CSSF a été l’un des premiers régulateurs à considérer des dossiers impliquant le recours à des crypto-monnaies. Dans le respect de la régulation en place, il appartient désormais aux acteurs du marché de continuer à travailler pour permettre l’installation de projets innovants au départ des crypto-monnaies au Luxembourg.

Romain Swertvaeger, Audit Senior Manager – EY Luxembourg

Quand vous évoquez les acteurs du marché, de qui parlez-vous ? Et comment se positionne le Luxembourg dans ce contexte en pleine évolution ?

Je parle des entrepreneurs, les juristes, les acteurs du conseil, le régulateur lui-même, travaillent à l’émergence de nouvelles solutions. Les acteurs luxembourgeois montrent un vrai intérêt et poursuivent leurs expérimentations vis-à-vis de la blockchain, pour une meilleure compréhension des enjeux. La place financière avance à son rythme sur ces sujets. Il y a beaucoup de clarifications à apporter, vis-à-vis notamment de risques opérationnels, réglementaires, financiers… liés à l’usage des crypto-monnaies et des tokens. L’enjeu, pour la place, est de maintenir un écosystème attractif, qui invite des acteurs désireux de développer des projets au départ de ces technologies et nouvelles pratiques à s’installer ici.

N’y a-t-il pas un enjeu pour la place financière luxembourgeoise de se positionner rapidement ?

Bien sûr, il faut pouvoir adopter ces technologiques selon le bon tempo et profiter des opportunités qu’elles créent. A ce titre, il est important que les entrepreneurs, juristes, investisseurs, conseillers continuent à proposer des solutions innovantes qui cadrent avec la régulation en place. Il y a des enjeux en matière de sécurisation des tokens et des investisseurs qui appellent à de nouvelles réponses. Les questions existent aussi en matière de lutte anti-blanchiment d’argent. Les risques opérationnels doivent être mieux maîtrisés.

Luxembourg est la deuxième place mondiale la plus importante dans le domaine de l’asset management. La confiance qui existe dans cette place est importante. Il faut la préserver. La technologie blockchain est là pour longtemps. Les possibilités offertes par la technologie blockchain et les crypto-monnaies, comme les ICO par exemple, sont nombreuses et répondent à des besoins réels. Il faut donc investir significativement pour permettre l’émergence de solutions efficientes le plus rapidement possible. Mais l’enjeu de vitesse ne doit pas prendre le pas sur celui de sécurité, garant du succès sur le long terme.