« Il n’existe plus de bonnes raisons de se passer des robots »

Brice Lecoustey, EY Advisory Partner, était l’invité de la rédaction d’ITnation. Il évoque les grandes tendances qui soutiennent la transformation digitale de l’économie luxembourgeoise – l’arrivée des robots, l’intelligence artificielle, la blockchain – et insiste sur la nécessité pour les entreprises de développer une réelle culture digitale.

Brice Lecoustey, Associé à la tête du département Conseil pour le secteur commercial et public, mais également Digital Leader, chez EY Luxembourg, était l’invité de la rédaction d’ITnation. Il évoque les grandes tendances qui soutiennent la transformation digitale de l’économie luxembourgeoise – l’arrivée des robots, l’intelligence artificielle, la blockchain – et insiste sur la nécessité pour les entreprises de développer une réelle culture digitale

 

Quand on évoque la transformation digitale du business, quels sont les principaux chantiers mis en œuvre par les acteurs luxembourgeois aujourd’hui ?

Beaucoup de clients que nous accompagnons investissent dans des projets de Robot Process Automation. Cette technologie est aujourd’hui mature. Il est désormais plus facile de déterminer la manière avec laquelle cette technologie crée de la valeur. Sur différentes fonctions de l’entreprise – la finance, les RH, la gestion de la supply chain, le back office,… – elle permet de considérablement améliorer les processus et promet de réels gains d’efficacité. Pour chaque projet concernant un processus ou un sous-processus, il est beaucoup plus aisé d’établir un business case. En outre, l’utilisation des robots s’est fortement démocratisée. En confiant à des robots des tâches simples et répétitives, comme de l’encodage de données, on obtient des gains d’efficience de 30 à 40%. Cela ne se traduit pas forcément par une réduction des équivalents temps plein. La technologie permet une augmentation de la qualité des données, une diminution du risque d’erreurs, un meilleur traitement des exceptions par des humains libérés de ces tâches répétitives. Vraiment, le robot entre dans l’entreprise pour lui permettre de mieux évoluer.

 

Comment définir la place du robot dans l’organisation ?

On peut faire une analogie entre l’arrivée des robots aujourd’hui et le déploiement des tableurs sur les PC de chaque collaborateur, il y a 25 ou 30 ans. Aujourd’hui, le tableur est considéré comme un outil de base. On n’imagine pas qu’un collaborateur ne puisse y accéder. Il en ira de même pour le robot. Désormais, il n’y a plus de raison de s’en passer. Demain, chacun devrait pouvoir disposer d’un robot sur son ordinateur, qu’il pourra configurer pour l’aider dans l’exécution des tâches inhérentes à sa mission.

 

Ces transformations ont un impact important sur l’organisation. Comment, d’un point de vue managérial, peut-on accompagner la mise en œuvre de ces chantiers ?

La transformation digitale de l’entreprise n’est pas que technologique. Il ne faut pas sous-estimer sa dimension culturelle. Et c’est à ce niveau que, au Luxembourg, il y a encore beaucoup à faire. Une transformation digitale ne peut fonctionner que si les employés, à tous les niveaux, comprennent la technologie et les enjeux poursuivis avec sa mise en œuvre, et apprennent à l’utiliser. Demain, chacun devrait être en mesure de programmer un robot. Aujourd’hui, le manque réside dans la compréhension culturelle de la notion de changement. Les collaborateurs ne sont pas encore suffisamment incités à expérimenter, à développer des idées. On n’encourage pas suffisamment la prise de risque, on ne laisse pas assez le droit à l’erreur. Cela s’explique par le fait que, au sommet de l’entreprise, on ne comprend pas toujours la portée de la transformation à l’œuvre. Or, sans cette acceptation culturelle de l’innovation par le digital, il est difficile de créer de la valeur. C’est au départ du board qu’il faut développer une réelle vision qui place le digital au service de l’innovation, pour transformer l’expérience client, le modèle business ou encore le modèle opérationnel. Beaucoup se contentent de regarder la technologie alors qu’ils feraient mieux de se concentrer sur les impacts qui pourraient découler de sa mise en œuvre.

 

Comment mettre en œuvre cette culture d’innovation à l’échelle de l’entreprise ?

Je pense que l’ensemble des acteurs doivent s’inscrire dans une démarche d’open-innovation. Autrement dit, les entreprises doivent se placer au cœur d’un écosystème innovant, en s’ouvrant à des acteurs extérieurs, comme des start-ups, en développant des collaborations avec des équipes innovantes, en organisant ou en prenant part à des événements axés sur l’innovation, en encourageant l’intrapreneuriat. Il n’est pas nécessaire de développer son propre incubateur, comme certains l’ont fait. Il existe d’autres moyens de faire entrer l’innovation au cœur de sa structure. Le premier principe est de s’ouvrir.

 

La blockchain est aussi au cœur de toutes les discussions. Quel regard portez-vous sur cette évolution technologique ?

A l’heure actuelle, on évoque la blockchain à un niveau très conceptuel. Beaucoup de points d’interrogation subsistent par rapport à la mise en œuvre effective de cette technologie. Il faudra voir, dans les 6 à 9 mois à venir, si des projets concrets voient le jour ou si, au contraire, cela reste la chose dont tout le monde parle mais au départ de laquelle peu de projets se concrétisent. Jusqu’à présent, cela reste difficile à dire. Je crois personnellement beaucoup plus au potentiel des robots couplé aux possibilités offertes par le machine learning et l’intelligence artificielle en général. Ajoutez à ces deux éléments la multiplication des objets connectés et il est possible d’envisager de nouvelles manières de développer au départ d’une meilleure exploitation de la donnée. Bien sûr, Il n’est pas question, de l’enterrer, mais de continuer à observer les développements, pour voir si de nouveaux modèles émergent.

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