Jonathan Levi, petit génie du digital

Agé de 19 ans et encore étudiant, Jonathan Levi a déjà lancé deux applications. Le jeune Franco-Israélien résidant au Luxembourg est aujourd’hui à la tête de Kliber, une start-up digitale qui entend transformer la manière dont les entreprises recrutent les millennials, autrement dit les jeunes de sa génération. Entretien avec un, déjà, petit génie du digital.

Jonathan-LeviAgé de 19 ans et encore étudiant, Jonathan Levi a déjà lancé deux applications. Le jeune Franco-Israélien résidant au Luxembourg est aujourd’hui à la tête de Kliber, une start-up digitale qui entend transformer la manière dont les entreprises recrutent les millennials, autrement dit les jeunes de sa génération. Entretien avec un, déjà, petit génie du digital.

Par Sébastien Lambotte pour le hors-série ITnation-Luxemburger Wort 2016

Jonathan, peux-tu nous expliquer comment tu as été amené à créer Kliber ?

Jonathan Levi : En fait, Kliber est la deuxième application mobile que je mets au point. Le premier projet est un peu plus ancien et porte le nom de Percussiontutor. La paternité de ce projet revient à Jérôme Goldschmidt et Laurent Peckels, deux passionnés de musique et de percussions, qui ont eu l’idée de créer une application qui rassemble et permet d’apprendre des rythmes afro-cubains. Ces rythmes, comme une langue, doivent être écoutés et réécoutés pour être appris. L’application les recense et permet de se les approprier. Elle se positionne aussi comme un outil permettant de garder une trace de ces rythmes, en réalisant un travail historique de préservation d’un patrimoine musical. Jérôme et Laurent se sont tournés vers moi, en 2012, pour créer l’interface de l’application

Et Kliber, au-delà ?

L’idée à émerger dans un autre contexte. Alors que je travaillais pour Nathalie Dondelinger, dans sa société active dans le conseil en communication et marketing, elle m’a fait part de sa difficulté à recruter des jeunes de ma génération, les fameux millennials, à aller à leur rencontre à travers les outils de recrutement traditionnel. En me penchant un peu sur la question, je me suis rendu compte qu’il y avait un réel problème entre les acteurs économiques à la recherche de jeunes candidats, et les personnes de ma génération, pourtant très actifs sur mobile, mais peu enclins à utiliser les plateformes RH existantes ou encore des outils d’hier, comme le CV.

Comment Kliber entend répondre à cette problématique cette problématique ?

Une fois que nous avons identifié le problème, nous avons cherché le concept permettant de combler ce fossé entre les générations. Nous avons travaillé avec Nathalie, en fondant Kliber SA en 2014, au développement d’une plateforme de recrutement s’appuyant sur les usages mobiles des jeunes générations. La création de Kliber s’est inscrite dans une dynamique réelle sur le marché du recrutement. Ces derniers mois, on a vu des solutions se multiplier, avec pour objectif de transformer la manière dont le recrutement s’opère auprès des jeunes.

Comment vous êtes-vous positionné dans cette dynamique ?

Notre parti pris, avec la création de l’application, est d’opérer sur mobile, avec l’utilisation de la vidéo. D’un côté, Kliber permet à des recruteurs de publier des opportunités pour les candidats. Audelà du descriptif, le recruteur est invité à poser 4 questions de son choix. De l’autre côté, le candidat qui souhaite saisir l’opportunité présentée à 20 secondes par question pour convaincre à travers une petite vidéo mobile. Nous sommes de cette manière devenue la première plateforme mobile de recrutement par vidéo.

Pourquoi ces choix ?

Je suis persuadé qu’il y a un intérêt pour la vidéo, qui va aller en grandissant. Le média permet une interaction plus importante, au-delà du CV. Nous sommes confortés dans nos choix par des tendances effectives constatées dans le domaine du recrutement, notamment par l’usage grandissant des réseaux sociaux, mais aussi de nouveaux outils. On voit par exemple des recruteurs tentent de capter des candidats via Snapchat et les possibilités vidéo qu’offre la solution.

Au-delà de la solution, comment comptez-vous la commercialiser ou la monétiser ?

Nous sommes encore en train d’affiner le modèle. Dans les faits, la monétisation de ce genre de plateforme vient de l’opportunité des recruteurs à s’y positionner. Ce sont eux les clients. Pour y parvenir, il faut une masse critique de candidats. Pour les attirer, il faut des opportunités de se faire recruter. Il faut donc travailler sur ces deux aspects. Notre chance est d’avoir pu convaincre, au Luxembourg en premier lieu, d’importants partenaires pour notre lancement, comme PwC, des banques et des cabinets d’avocats… Ils nous ont fait confiance. Désormais, dans les marchés où nous développons notre présence, en France, en Allemagne, en Belgique, et prochainement au Royaume-Uni, nous cherchons aussi à convaincre de tels partenaires.

Disposer de compétences technologiques pour le développement d’applications est une chose. Entreprendre, développer une activité, en est une autre. Qu’est-ce qui t’a poussé à entreprendre à travers Kliber ?

C’est le problème, celui relatif à la difficulté des recruteurs d’aller à la rencontre d’une jeune génération de candidats, qui est la première source de motivation. Quand il s’est posé à moi, je m’y suis intéressé, puis je me suis passionné. L’application, finalement, n’est qu’une réponse apportée à un besoin du marché. Mais, elle n’aurait pas vu le jour si je n’étais pas tombé amoureux du problème.

Aujourd’hui, tu es encore étudiant, et pourtant déjà associé d’une start-up prometteuse. Comment perçoit-on cette démarche entrepreneuriale dans ton entourage ?

C’est difficile à exprimer. Beaucoup, dans ma génération, voient avant tout le rêve, le créateur de l’application de la Silicon Valley qui parvient à la valoriser plusieurs millions de dollars. Pour ma part, ce n’est pas cela qui m’intéresse. La source de ma motivation, comme je le disais, reste le besoin du marché et la manière dont nous pouvons mieux y répondre. Je pense que les entrepreneurs digitaux doivent rester connectés à une réalité. Ces exemples de valorisation, avec des millions de dollars échangés, ont tendance à nous en éloigner.

Ce n’est donc pas l’argent qui te fait rêver…

Non. Il est important de rêver, mais il faut aussi rester les pieds sur terre. Entreprendre, c’est prendre des risques. Pour y arriver, dans le digital, il faut aussi pouvoir lever des fonds, et apprendre à faire du business. Nous pouvons compter sur des business angels, qui croient en notre projet, qui nous soutiennent. Ils ont des attentes. L’objectif est de transformer une idée, un concept, en une réalité qui fonctionne, avec des perspectives business et économiques. Pour cela, il faut à la fois avoir confiance en soi-même et rester humble. A travers Kliber, j’ai appris beaucoup, et notamment à faire confiance à d’autres. Quand je suis arrivé à l’Université, ici à Edimburgh, pour entreprendre mes études en Computer Science, j’ai dû parvenir à mieux gérer mon temps, à coordonner l’ensemble avec une équipe. C’est une aventure que l’on ne peut pas mener seul.

Tu parles de risques pris… Est-il plus facile de les prendre quand on à 18 ans que 30 ans ?

Je crois que cela dépend des gens. Mais, le risque fait partie du jeu. J’ai eu la chance d’avoir des parents qui m’ont toujours laissé l’opportunité de prendre des risques. Ils m’ont donné la liberté de faire ce que je veux. Leur seule condition était que, si je me lançais dans quelque chose, je devais le faire à 200%. Et, apparaît comme évident, dans le monde actuel, que si tu n’es qu’à 95%, tu n’as aucune chance de pouvoir sortir du lot ou accomplir ton projet. C’est un élément lié à la gestion du risque.

Comment, depuis le Luxembourg, encourager des jeunes à prendre la voie de l’entrepreneuriat comme tu le fais ?

Au Luxembourg, nous avons une chance énorme. La santé économique du pays nous permet, par exemple, à nous jeunes Luxembourgeois, d’aller faire des études à l’étranger, d’acquérir les compétences dont on aura besoin demain en profitant de bourses. Il est dommage que les jeunes n’exploitent pas suffisamment ces opportunités. Je pense que, par rapport au digital, il faut pouvoir leur faire mieux prendre conscience, très tôt, des opportunités existantes. Leur faire comprendre que l’IT, c’est génial. Que l’apprentissage du code ouvre un monde d’opportunités, que chacun peut créer, développer des applications en appréhendant ce langage.