Les données ESG, de plus en plus précieuses

Disposer de données ESG pertinentes et pouvoir les analyser de manière efficace représente un défi de taille pour les acteurs du secteur financier. Ces derniers sont en effet amenés à les prendre de plus en plus en compte pour définir des stratégies d’investissement et évaluer les risques des produits financiers qu’ils proposent à leurs investisseurs finaux.

Benjamin Gauthier, Partner – PwC Luxembourg

« ESG ». Ces trois lettres sont aujourd’hui devenues incontournables dans le langage du secteur financier. Faisant référence aux termes « Environnement », « Social » et « Gouvernance », elles désignent les critères pris en compte dans l’analyse extra-financière des organisations. La performance ESG d’une entreprise renseigne ainsi sur son degré d’exposition aux risques environnementaux, sociaux et de gouvernance et son aptitude à y faire face. Elle évalue également la responsabilité et la durabilité de ses investissements, de ses projets et de sa stratégie.

Ces dernières années, les critères ESG ont pris une importance grandissante. Conscients des grands enjeux sociétaux actuels et à venir, les investisseurs se tournent en effet davantage vers les organisations qui mettent en place une stratégie de développement plus durable et des projets ayant un impact positif sur la société, que ce soit dans le domaine environnemental, social ou en matière de gouvernance. « Pour répondre aux attentes des investisseurs, les gestionnaires d’actifs intègrent donc davantage ces enjeux et ces informations extra-financières dans leur analyse et la gestion du portefeuille de leurs clients », indique Ashraf Ammar, Director au sein de PwC Luxembourg. Les critères ESG ne constituent pas qu’un indicateur extra-financier. Les observations ont en effet démontré que les indices qui présentent des niveaux ESG élevés ont tendance à surperformer les autres. Pour réaliser leur travail, les gestionnaires doivent donc également suivre ces types d’indicateurs pour le compte de leurs clients.

« Pour le moment, la source des données ESG est donc loin d’être unique et harmonisée.»

Par ailleurs, les acteurs de la finance subissent une pression accrue de la part du régulateur pour intégrer les dimensions ESG dans l’exercice de leur métier. À cet égard, le règlement européen « Sustainable Finance Disclosure » (SFDR), qui est entré en application ce 10 mars 2021, impose aux opérateurs financiers de nouvelles obligations en matière de reporting. Afin d’apporter des informations claires aux investisseurs finaux, les gestionnaires de fonds, notamment, vont en effet devoir réaliser des rapports indiquant comment ils prennent en compte les risques liés à l’ESG dans leurs stratégies d’investissement. Ils devront également préciser le niveau d’exposition au risque de durabilité des produits financiers qualifiés de durables qu’ils proposent à leurs clients.

Des données incomplètes

Dans ce contexte, les données ESG, qui entrent en compte dans la construction du score ESG des produits financiers, font l’objet d’un intérêt croissant. « Pour les acteurs de la finance, pour les gérants d’actifs, le seul moyen de démontrer que leurs investissements répondent à une logique de durabilité, est d’avoir accès à des données pertinentes en la matière et de pouvoir les analyser et les reporter », explique Benjamin Gauthier, Partner de PwC Luxembourg.

Mais aujourd’hui, ces données proviennent le plus souvent des sociétés financées. « Si elles sont de plus en plus nombreuses à réaliser des reportings de durabilité, pour l’instant, les entreprises rapportent sur ce qui, de leur point de vue et de celui de leurs actionnaires, leur semble pertinent », mentionne Ashraf Ammar. Une situation qui n’est pas sans soulever certains défis. D’une part, si ces indicateurs peuvent être matériels et significatifs aux yeux des entreprises qui les délivrent, ils ne le sont pas forcément pour les investisseurs. D’autre part, les données ESG fournies varient d’une entreprise à une autre. En effet, il n’existe actuellement pas de norme qui doit être systématiquement appliquées aux sociétés. En outre, ces informations ne sont pas publiées sous un format universel, ce qui les rend difficilement comparables. « Pour le moment, la source des données ESG est donc loin d’être unique et harmonisée. Qui plus est, leur origine n’est pas toujours vérifiable ou disponible. Les données et, par conséquent, les classements ESG, peuvent donc parfois manquer de transparence et de fiabilité », indique Benjamin Gauthier.

Les acteurs de la finance se retrouvent confrontés à un manque de données ESG accessibles, suffisantes, cohérentes et de bonne qualité, ce qui rend l’évaluation des performances extra-financières d’une entreprise plus difficile et ne facilite pas les décisions des gérants d’actifs dans leur choix d’allocation. En l’absence de données ESG qualitatives, fiables et unifiées, un investissement dit durable peut également manquer de crédibilité aux yeux des investisseurs finaux et affecter la stratégie d’investissement proposée par le gestionnaire de portefeuille. 

« Cette solution collecte toutes les données ESG disponibles provenant de tout type de sources, afin de définir une carte de matérialité.»

Face à la demande accrue en données et classements ESG de la part des investisseurs, on a vu apparaître des fournisseurs tiers sur lesquels les acteurs financiers peuvent s’appuyer. « Cependant, vu qu’il n’existe pas de norme quant aux critères et données qui doivent être utilisés pour définir une performance ESG, chaque fournisseur met en place sa propre méthode de collecte et d’analyse de données. Chacun déploie son propre système de notation selon les indicateurs qui lui semblent pertinents pour évaluer une société », explique Marta Acabado Oliveira, Associate au sein de PwC Luxembourg. « Une même entreprise peut donc, sur un même indicateur, être bien notée auprès d’un fournisseur et moins bien auprès d’un autre. Les méthodologies de calcul utilisées pour évaluer les risques et les performances varient de l’un à l’autre, poursuit-elle. Tout l’enjeu est donc de construire une approche standardisée. »

Ashraf Ammar, Director – PwC Luxembourg

La technologie au secours des données ESG

Contrairement aux données financières, qui répondent à des critères standardisés, objectifs et tangibles, et qui sont construites à partir d’une analyse quantitative du rendement ajusté au risque historique, les données ESG peuvent être à la fois quantitatives et qualitatives. Elles sont donc difficiles à trouver, à extraire, à mesurer, et sont souvent collectées de manière manuelle.

Les nouvelles technologies, telles que l’intelligence artificielle, le machine learning ou encore le traitement du langage naturel, ont un rôle à jouer à cet égard. « Elles offrent des perspectives pour collecter des données ESG au spectre très varié – cela va de celles relatives aux émissions de gaz à effet de serre aux indicateurs ayant trait à la diversité et l’inclusion au sein de l’organisation, en passant par les normes de sécurité au travail – de manière rapide, efficace, transparente et harmonisée », explique Ashraf Ammar. « Les différentes data ESG sont souvent conservées dans des bases de données séparées, qui ne présentent pas le même format. Ces nouveaux outils peuvent permettre d’extraire ces informations habituellement non structurées et de les centraliser sur une plateforme, sous un format structuré. Les données seraient ainsi à jour, plus facilement comparables et présentables aux investisseurs, garantissant la fiabilité de la collecte ESG », poursuit Benjamin Gauthier.

Collecter les données pertinentes et compréhensibles est une chose. Encore faut-il que les acteurs du monde financier puissent exploiter cette grande quantité de data hétérogènes et soient capables de les analyser de manière efficiente, et ce en vue d’évaluer les risques d’une entreprise et de pouvoir développer une notation qui fait sens.

Pour accompagner au mieux les acteurs financiers dans cet environnement difficile, PwC a développé une solution baptisée « ESG  Risk Assessment ». « Sur base d’informations provenant de différentes sources, nous mettons en évidence les dimensions qui se révèlent significatives pour évaluer une société au niveau de sa durabilité. Comme décrit plus haut, rien n’est parfait à l’heure actuelle dans ce type d’approche mais c’est une base structurée sur laquelle les gérants de portefeuille et risk managers peuvent s’appuyer », explique Ashraf Ammar.

Le reporting ESG bien accueilli

Beaucoup d’acteurs du monde financier sont conscients que le reporting extra-financier constitue une réelle opportunité. « Il y a encore quelques années, les produits ESG s’adressaient à un marché de niche. Aujourd’hui, un grand nombre d’investisseurs souhaitent intégrer ces produits dans leur portefeuille. Les nouvelles générations, tout particulièrement, désirent avoir un impact positif sur la société à travers leurs investissements. Et à terme, cela deviendra une obligation car le régulateur encourage les investissements responsables », confie Sophie Perdriel, Senior Associate chez PwC Luxembourg.

Bien plus qu’une démarche à effectuer pour être en conformité, le reporting ESG constitue un moyen pour les acteurs du monde de la finance d’être plus attractif aux yeux de leurs clients. Il permet en effet de démontrer aux investisseurs qu’ils ne négligent pas ces critères et qu’ils veillent ainsi à répondre au mieux à leurs attentes en leur proposant des produits pertinents.