Les petits seront-ils forcément absorbés par les grands ?

Dans un secteur financier qui évolue rapidement, les sociétés innovantes et les établissements traditionnels doivent multiplier les collaborations pour préserver le positionnement attractif de Luxembourg.

 

Gaël Denis, Partner, FinTech Leader – EY Luxembourg

Pendant un temps, les sociétés de la Fintech ont été perçues comme des menaces par les acteurs établis du monde financier. Le spectre de la disruption inquiétait. « Dans le domaine du paiement, quelques acteurs innovants ont fait une percée significative, avec même plusieurs success stories luxembourgeoises, démontrant qu’il était possible de concurrencer les banques, commente, Gaël Denis, Partner, FinTech Leader chez EY Luxembourg. Toutefois, en dehors de ce champ particulier, on n’a vu peu de blockbusters émerger. Dans le conseil en investissement avec le robot-advising par exemple, rares sont les acteurs qui s’adressent directement au marché. » La dynamique autour de la Fintech n’en est pas moins intense. Cependant, le regard des acteurs établis vis-à-vis de ces sociétés innovantes a changé. « Les uns et les autres travaillent de plus en plus en collaboration. Dans beaucoup de cas, la start-up Fintech et sa technologie sont purement et simplement absorbées par l’établissement financier », poursuit l’expert.

 

De toute évidence, il reste difficile pour des petits acteurs d’acquérir une clientèle B2C, si ce n’est à travers les banques elles-mêmes. Les acteurs financiers voient pour leur part une possibilité de créer plus facilement de la valeur ajoutée par l’innovation technologique dans l’intégration des acteurs innovants. Cela s’illustre parfaitement dans le rachat par certaines banques de start-up développant une technologie de robot advising. La coopération entre acteurs financiers et Fintech aboutit-elle toujours forcément à une absorption des acteurs innovants au profit des établissements traditionnels ? « Non, répond Gaël Denis. De nouveaux modèles émergent. Les acteurs de la Regtech permettent de bien illustrer le phénomène. Face à une augmentation des contraintes réglementaires, de jeunes acteurs innovants parviennent à se positionner, permettant aux établissement financiers d’externaliser certaines fonctions ou en proposant des outils d’automatisation des processus, pour l’on-boarding de clients par exemple. Ces acteurs se positionnent comme des services providers, offrant la possibilité aux banques et aux acteurs du secteur financier de se concentrer sur la création de valeur au départ de leur cœur de métier. » Avec la mise en œuvre de PSD2, qui ouvre la voie à l’open-banking, on devrait d’ailleurs voir se multiplier les collaborations entre établissements financiers et acteurs de la Fintech/Regtech autour de plateformes mises en œuvre par les uns ou les autres. « A travers ces plateformes, l’enjeu résidera dans le maintien du lien avec la clientèle », précise Gaël Denis.

 

Quoiqu’il en soit, si la place financière luxembourgeoise veut préserver sa position, les acteurs traditionnels et les jeunes sociétés innovantes doivent multiplier les collaborations, quelle que soit la forme du partenariat. « Par rapport à la dynamique Fintech au Luxembourg, on peut se réjouir d’être considéré comme une place de choix à l’échelle globale, notamment dans les domaines du paiement, des crypto-currencies et de la Regtech. Le secteur financier, sur les activités clés qui le concernent est loin d’être à la traîne, même si on peut toujours aller plus vite et voir plus grand », conclut Gaël Denis.