Luxembourg-ville revendique le titre de Smart City

Luxembourg-ville revendique le titre de Smart City. Depuis plusieurs années, les élus locaux travaillent à l’amélioration du cadre de vie et de travail de plusieurs dizaines de milliers de personnes. Rencontre avec Patrick Goldschmidt, échevin, et Corinne Pommerell, chef du Service des technologies de l’information et de la communication de la Ville de Luxembourg pour aborder l’évolution de la ville sous l’angle ICT, pour une ville intelligente, au service de l’homme.

patrick-goldschmidtLuxembourg-ville revendique le titre de Smart City. Depuis plusieurs années, les élus locaux travaillent à l’amélioration du cadre de vie et de travail de plusieurs dizaines de milliers de personnes. Rencontre avec Patrick Goldschmidt, échevin, et Corinne Pommerell, chef du Service des technologies de l’information et de la communication de la Ville de Luxembourg pour aborder l’évolution de la ville sous l’angle ICT, pour une ville intelligente, au service de l’homme.

Par Sébastien Lambotte pour l’édition ITnation Mag Avril 2016

« Peu de capitales européennes peuvent se targuer de disposer d’un réseau Wi-Fi tel que le nôtre. »

Au premier coup d’œil, en quoi diriez-vous que Luxembourg est une Smart City ?

Patrick Goldschmidt : Pour moi, en premier lieu, Luxembourg-ville est smart de par sa nature internationale et multiculturelle. Nous venons de dépasser le seuil des 110.000 habitants. La population étrangère représente 69,8% de ses habitants et 160 nationalités différentes cohabitent en bonne harmonie, dans le respect de l’autre. Aussi, Luxembourg-ville accueille un nombre très important de travailleurs venant de l’extérieur. Enfin, elle a réussi à se faire un nom à l’étranger. Nous existons sur la carte mondiale. Les touristes et les entrepreneurs n’hésitent plus à venir voir ce que l’on offre ici à Luxembourg.

Quand on parle de Smart City à Luxembourg, de quoi cela relève-t-il ?

Patrick Goldschmidt : Le concept de smart city englobe toute une série de thématiques. Cela tourne beaucoup autour de l’information et des réseaux de télécommunication. Mais on parle aussi de mobilité, d’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite, de gestion des bâtiments ou d’environnement. Il est également important de développer des systèmes de gouvernance collaboratifs et participatifs, qui remettent le citoyen au cœur du dispositif. Nous sommes actifs à tous ces niveaux, même si certaines actions sont plus visibles que d’autres.

Nous avons, par exemple, développé plusieurs applications très performantes ces dernières années. Pour que les  citoyens et les visiteurs les utilisent, encore faut-il qu’ils y trouvent un intérêt et qu’elles leur simplifient la vie. A ce niveau, les différents services de la Ville de Luxembourg collaborent afin d’améliorer constamment les outils mis à disposition des utilisateurs. Cela vaut aussi pour le site Internet de la Ville. Avec l’appel d’offre lancé en janvier dernier, nous avons entamé la procédure qui devra permettre d’adapter le site aux besoins des personnes qui habitent en ville, qui travaillent en ville ou qui nous rendent visite : une architecture d’information claire et structurée et l’accessibilité aux personnes à besoins spécifiques seront les objectifs principaux de cette refonte.

L’instauration du Wi-Fi gratuit sur le territoire de la ville constitue-elle une étape importante dans le renforcement du caractère smart de Luxembourg ?

Patrick Goldschmidt : C’était un point qui me tenait à cœur. Peu de capitales européennes peuvent aujourd’hui se targuer de disposer d’un réseau Wi-Fi avec la même densité d’antennes et la même qualité de réception globale que le nôtre.

Corinne Pommerell : Il faut savoir que la Ville de Luxembourg dispose aussi de son propre réseau de fibre optique qui relie les différents bâtiments de l’administration communale. Les services industriels, l’eau, l’environnement et bien d’autres services sont reliés entre eux. Un nombre considérable de données est transmis via notre réseau. C’est un point important dans le contexte d’une ville qui se veut Smart.

Comment est organisé le service informatique de la Ville de Luxembourg pour gérer son réseau et son infrastructure ?

Corinne Pommerell : Une soixantaine de personnes travaillent au sein du Service des technologies de l’information et de la communication de la Ville de Luxembourg. Nous disposons de notre propre réseau informatique et de téléphonie. Nous gérons le réseau de fibre optique et le Wi-Fi. Afin d’assurer une certaine redondance, notre infrastructure est hébergée dans deux data centres installés dans des bâtiments communaux.

Nous nous appuyons sur une équipe « infrastructure » qui s’occupe des serveurs, du storage et de la gestion de notre plateforme virtualisée. Nous disposons par ailleurs d’une équipe de développeurs qui travaille sur les applications de la Ville. Nous avons également mis en place une équipe dédiée à la sécurité de l’information. Dans le contexte actuel, c’est devenu indispensable.

« Il y a beaucoup de projets en cours à tous les niveaux. »

Vous parliez d’applications à destination du public, quelles sont-elles ?

Patrick Goldschmidt : Par exemple, la City App entend répondre à des enjeux de mobilité à l’échelle de la ville, en proposant une information actualisée en temps réel sur la localisation et l’offre des parkings, l’offre en transport en commun, ou encore en vélo, etc. Grâce à cette application, je peux connaître l’heure de mon prochain bus, acheter un ticket en ligne, connaître la disponibilité des Vel’oh! en fonction de mon emplacement. Dans un autre ordre d’idée, il m’est possible d’avertir l’administration si je constate un problème quelconque grâce à l’outil Report-It.

Quelles sont les autres applications qui mériteraient d’être connues ?

Patrick Goldschmidt : Nous avons développé une application relative aux autorisations de bâtir avec un système de tracking des demandes. Le citoyen peut ainsi demander à être tenu informé de l’évolution de son dossier par e-mail. A chaque stade, il reçoit un message et peut renseigner plusieurs adresses, comme celle de son architecte par exemple.

Un autre outil plein de ressources et qui mérite plus d’attention est le site topographie.lu. On y trouve des informations sur les lignes et les arrêts de bus, les antennes Wi-Fi disponibles, mais aussi le cadastre solaire ou le cadastre hertzien. L’habitant peut par exemple découvrir si son toit est suffisamment bien orienté pour y placer des panneaux solaires. En interne, cet outil nous permet par ailleurs d’intégrer les plans de circulation, le réseau d’éclairage public ou de fibre optique. On dispose d’énormément d’informations. La question est de savoir jusqu’où il faut aller dans leur diffusion.

Mettre gratuitement à disposition des citoyens des données publiques en vue de les enrichir, les modifier et/ou les interpréter afin de coproduire des informations d’intérêt général, c’est ce que veut faire le gouvernement en lançant sa plate-forme Open Data data.public.lu/en/

Patrick Goldschmidt : Il faut bien reconnaître qu’en matière d’Open Data, le Luxembourg est bon dernier de classe. Il est clair que nous devons avancer dans ce domaine. Nous sommes actuellement en discussion avec certains ministères afin d’établir un inventaire des données disponibles qui pourraient être mises à disposition des citoyens. A voir encore sous quelle forme et de quelle manière. Ces données doivent-elles être utilisables librement, doit-on indiquer la source, etc. ? Les questions sont nombreuses et il faut définir un cadre.

Par ailleurs, la Ville de Luxembourg occupe environ 4.000 personnes. Toutes n’ont pas la même sensibilité ni la même culture par rapport à l’utilisation de la donnée. Nous avons un travail de communication à mener en interne.

« Afin de simplifier leurs démarches, les citoyens ont la possibilité de commander et de payer en ligne toute une série de services. »

Pour le grand public, le premier point de contact avec la Ville est son Biergercenter. Que faites-vous à ce niveau pour rendre l’expérience du citoyen plus intelligente ?

Corinne Pommerell : Afin de simplifier leurs démarches, les citoyens ont par exemple la possibilité de commander et de payer en ligne toute une série de services. Ainsi, ils n’ont plus à se déplacer. Un autre projet qui nous occupe actuellement concerne la dématérialisation des factures de nos fournisseurs.

Il y a beaucoup de projets en cours à tous les niveaux. Dans l’esprit Smart City et d’une ville ouverte à tous, je relèverais l’évolution en cours de notre application en concertation avec des personnes malvoyantes. L’appli est en cours de prototypage.

Et que nous réserve l’avenir ?

Patrick Goldschmidt : L’intégration du Wi-Fi dans les bus de la ville suit son cours. J’ai notamment demandé à ce que les nouveaux bus soient directement équipés de l’installation adéquate.

Autre projet novateur qui devrait voir le jour à moyen terme : le LCTO (Luxembourg City Tourist Office) travaille avec nos équipes sur un projet de réalité augmentée. L’idée est de valoriser certaines vieilles photos, affiches ou films et de pouvoir les visualiser dans l’espace public actuel. De la même manière, on pourrait découvrir l’image virtuelle ou les plans futurs en 3D d’un site en travaux.

Il faut savoir que la Ville de Luxembourg a détaché deux personnes à temps plein au SNT pour travailler sur des projets en relation avec le thème de Smart City. Nous espérons que cela aboutira à des résultats concrets que nous pourrons utiliser dans le futur.

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