Méfiance accrue quant à l’usage fait de nos données

Suite au scandale Cambridge Analytica, duquel Facebook tente de se dépatouiller, les questions relatives à l’exploitation des données personnelles est au cœur des débats.

A quelques semaines de l’entrée en vigueur de GDPR, alors que Mark Zuckerberg tente de se défendre tant bien que mal, une étude du Boston Consulting Group fait état d’une méfiance accrue des utilisateurs quant au traitement de leurs données par des entreprises tierces.

« Quelques années », c’est le temps qu’il faudra à Facebook, selon Mark Zuckerberg, pour résoudre les problèmes révélés par le scandale Cambridge Analytica. Dans un entretien accordé au site Vox publié lundi, le patron du plus grand réseau social du monde tentait un exercice de justification délicat. « J’aimerais pouvoir dire que résoudre ces difficultés sera l’affaire de trois ou de six mois, mais je crois que la réalité est que résoudre certaines de ces questions prendra beaucoup plus de temps», ajoute-t-il.

Facebook en pleine tourmente

Facebook est au cœur de la tourmente. Mi-mars, on apprenait que la société Cambridge Analytica, proche de Donald Trump, spécialisée dans l’influence politique, était parvenue à récupérer les données de 87 millions utilisateurs de Facebook dans le cadre de la campagne électorale américaine de 2016. Des données récupérées à l’insu des premiers concernés, évidemment. Le réseau social est de ce fait confronté à l’une des pires crises de confiance de son histoire.

L’utilisateur a le sentiment que l’on a abusé de ses données et, à travers elles, de lui. Sur les 87 millions d’utilisateurs concernés, dont certains européens, il est en effet peu probable que tous aient accepté que leurs données soient utilisées en vue d’aider Trump à l’emporter. Définitivement, il y a de quoi se sentir trahi.

Mark Zuckerberg a d’ailleurs accepté de répondre aux questions du Congrès américain le 11 avril prochain.

Facebook se serait fourvoyé… « par idéalisme »

En attendant, le fondateur de Facebook tente de se justifier. Dans son entretien, il affirme que Facebook a principalement pêché par idéalisme ou optimisme. « Nous n’avons pas passé assez de temps à réfléchir aux mauvais côtés de certaines utilisations des outils », a-t-il affirmé au site Vox. Trop longtemps, Facebook n’aurait donc considéré que les bons côtés de la mise en relation que permettait son service.

Le fondateur de Facebook a profité de cette interview pour répondre aux attaques de Tim Cook. Au cœur du scandale, le CEO d’Apple avait pointé du doigt le modèle économique du réseau social, centré sur la monétisation des données personnelles, autrement dit des habitudes, des goûts et affections de ses utilisateurs, à des fins publicitaires. Un argument que Mark Zuckerberg a qualifié de « léger » et « ne correspondant pas à la réalité ». « Nous pouvons vraiment concevoir les produits dans l’intérêt de notre communauté », assure-t-il. Il défend d’ailleurs le recours à la publicité comme le seul moyen d’offrir un service universel, autrement dit accessible à tous. Mais cette communauté est-elle suffisamment consciente du prix qu’elle paie indirectement ?

L’exploitation illégitime des données au cœur du problème

C’est bien l’exploitation des données personnelles à des fins non-consenties par les principaux concernés, ceux à qui elles appartiennent, qui est au cœur de la problématique. Avec sans doute un manque de transparence (que reconnait d’ailleurs Mark Zuckerberg) dans l’utilisation qui peut être faite de ces informations.

Ce scandale éclate à quelques semaines de l’entrée en vigueur du nouveau Règlement Générale sur la Protection des Données Personnelles (GDPR), qui octroie de nouveaux droits aux résidents européens vis-à-vis de leurs données et dont la portée dépassera largement la territoire de l’Union.

Les utilisateurs de plus en plus méfiants

Dans ce contexte, le Boston Consulting Group vient de publier une étudefort intéressante relative à la confiance des utilisateurs pour le traitement de leurs données personnelles par des entreprises tierces. L’étude souligne que, de manière générale, la méfiance des consommateurs à qui l’on demande de partager des informations en ligne est en hausse. Quel que soit leur âge, une grande majorité des utilisateurs européens et américains se montre plus précautionneuse quant au partage des données en ligne.

Le niveau de précaution pris par chacun dépend principalement de la nature de la donnée partagée. L’étude du Boston Consulting Group révèle notamment que les utilisateurs sont très peu enclins à partager leur données personnelles financières, familiales, localisées ou basées sur l’utilisation. Par contre, des informations comme le nom, l’âge, le genre ou encore les préférences de marque sont considérées comme moins sensibles.

Le droit de savoir

L’enjeu désormais réside dans la confiance que les entreprises devront construire et maintenir avec les utilisateurs si elles souhaitent pouvoir mieux utiliser leurs données. Dans ses conclusions, le Boston Consulting Group précise que « la grande majorité des consommateurs souhaitent que les entreprises prennent des mesures actives pour obtenir une notification ou une autorisation pour toute utilisation de données personnelles ». Dit plus simplement, les utilisateurs veulent être informés clairement et avoir leur mot à dire quant à l’utilisation qui peut être faite de leurs données.