Poser les bases d’une bonne gestion des données

Pour répondre plus facilement aux nombreuses nouvelles exigences de reporting, les acteurs financiers doivent apprendre à mieux gérer la donnée. Pascal Vaucouleur, Directeur Associé, Advisory Technology services chez EY Luxembourg, évoque ces enjeux.

Vaucouleur Pascal -1Pour répondre plus facilement aux nombreuses nouvelles exigences de reporting, les acteurs financiers doivent apprendre à mieux gérer la donnée. Pascal Vaucouleur, Directeur Associé, Advisory Technology services chez EY Luxembourg, évoque ces enjeux.

Parler de transformation digitale, c’est évoquer les possibilités de mieux exploiter la donnée. On pourrait d’ailleurs résumer le concept à cet enjeu. Toutefois, les implications qui en découlent sont nombreuses et rarement simples à appréhender. Les acteurs du secteur financier, par exemple, sont confrontés à des exigences de plus en plus nombreuses en matière de reporting. « Pour produire ces reportings, il faut pouvoir aller chercher des données qui ont été saisies à divers endroits à l’échelle du système d’information ou encore les créer, si elles n’existent pas au sein des systèmes, commente Pascal Vaucouleur. Dans ce contexte, arrivent rapidement des considérations relatives à la qualité de la donnée ou à sa fraicheur. »

Dans beaucoup de cas de figure, pour répondre à des besoins opérationnels, une même donnée peut être saisie à plusieurs reprises, avec un risque toujours présent de commettre des erreurs au moment d’entrer l’information au sein d’un système particulier. Mettre à jour la donnée, dans un système d’information hétérogène, où elle a pu être saisie à plusieurs reprises, s’avère aussi compliqué. « Si bien que l’on ne sait plus si la donnée que l’on entend exploiter est celle qui fait référence », assure Pascal Vaucouleur, qui préconise dès lors une approche plus structurée et centralisée de gestion de la donnée. « Si on veut opérer un reporting de qualité, envers les autorités de surveillance ou encore les clients, il faut s’assurer de l’exactitude de la donnée, précise-t-il. S’il s’avère que l’information servant à la confection du reporting est erronée, le préjudice peut en outre être conséquent. »

Mettre en place un Chief Data Officer

Pour répondre à chaque nouvelle exigence de reporting, les acteurs de la finance ont eu tendance à mettre en place de nouveaux processus. Ces dernières années, avec la multiplication des réglementations, et du nombre de reportings à opérer, les systèmes d’information se sont complexifiés. Aujourd’hui, l’opportunité de rationaliser apparaît comme une évidence. Toutefois, s’engager dans un tel processus de transformation engendre des craintes pour les nombreux acteurs. « Beaucoup ne savent pas comment faire et ont peur d’ouvrir la boîte de pandore, tant les données au sein d’un système sont interdépendantes », poursuit le directeur associé d’EY Luxembourg. Dès lors, il faut procéder avec méthode. « Etablir une meilleure gestion de la donnée relève d’un projet de gouvernance plus que d’un projet technique. Elle implique de mettre en œuvre, au sein des organisations, la fonction de Chief Data Officer (CDO), assure Pascal Vaucouleur. Sa mission sera d’orchestrer la gestion de la donnée, de mettre en place le framework permettant d’assurer une bonne gouvernance des données à travers l’organisation. »

Mieux qualifier les données

Au niveau de ce framework, précise Pascal Vaucouleur, il importe d’identifier les données utiles et de les qualifier, entre données de référence (« master data »), qui seront directement utilisées, et des données d’exploitation, plus secondaires. « Autour des données identifiées, il sera alors possible de mettre en place une organisation et des processus, afin de pouvoir en gérer tant la qualité que la fraicheur. » Sachant qu’une même donnée peut être utilisée plusieurs fois, il apparaît comme pertinent de la gérer de manière centralisée pour ensuite la distribuer afin de répondre aux divers besoins. « L’information n’est alors saisie qu’une seule fois et est mise à jour selon des procédures maîtrisées, sous la supervision du CDO », assure Pascal Vaucouleur.

Pour la mise en œuvre de cette nouvelle organisation, EY recommande de commencer au niveau d’un unique reporting, avant de l’étendre progressivement à d’autres processus. « MIFID II, avec de nombreuses nouvelles exigences, constitue une bonne opportunité de mettre en place ce nouveau framework. Une fois qu’il sera établi pour cette exigence particulière, il pourra être appliqué pour d’autres réglementations. Si l’on considère les prescrits entre MIFID II et EMIR, on constate que 50% des données exigées par EMIR sont déjà requises pour MIFID II. L’effort à fournir est donc moindre. »

Au-delà, une meilleure gestion des données doit permettre aux acteurs de gagner en efficience et de développer de nouveaux services à l’égard de la clientèle.