Rapprocher les acteurs pour accélérer l’innovation Fintech

Les co-fondateurs de la start-up Finologee, récompensée du prix de l’APSI lors du dernier Gala Golden-i, n’en sont pas à leur coup d’essai. Avant de mettre en place cette nouvelle plateforme technique qui vise à rapprocher les institutions financières des acteurs de la Fintech, ils ont d’abord déployé Mpulse, la plus ancienne plateforme de paiement mobile au Luxembourg, puis Digicash, qui suit désormais sa propre voie.

 Le 31 mai dernier, l’APSI accordait son Start-up Award à Finologee, dont l’ambition est de rapprocher les acteurs de la Fintech ainsi que les institutions traditionnelles pour accélérer la transformation digitale des métiers de la finance. Ses fondateurs, Georges Berscheid, Raoul Mulheims et Jonathan Prince sont loin d’être des inconnus dans l’univers Fintech luxembourgeois. Ce sont eux qui ont créé et développé Digicash, une des plus belles réussites de ces dernières années dans le domaine du paiement. Les trois entrepreneurs peuvent d’ailleurs être considérés comme les pionniers incontestés du paiement mobile au Luxembourg.

3 euros par SMS envoyé

Digicash n’est toutefois pas leur premier fait d’armes. Bien avant que le smartphone n’envahisse le marché, ils offraient déjà la possibilité aux acteurs nationaux d’effectuer des transactions mobiles. Si le premier iPhone a été dévoilé en 2007, un an plus tôt, Raoul Mulheims et Georges Berscheid, accompagnés de Mike Sergonne (aujourd’hui à la tête de Nvision, qu’il avait co-fondée avec Raoul Mulheims en 1999), créaient Mpulse. Ils sont rejoints un peu plus tard par Jonathan Prince. L’outil transactionnel utilisé n’est autre que le SMS. Oui, souvenez-vous de ces SMS envoyés vers un numéro à 5 chiffres (3 € par SMS envoyé) pour télécharger une sonnerie de téléphone qui reprenait la mélodie du dernier tube de l’été. Pour un ou deux euros, on pouvait aussi obtenir les derniers résultats sportifs, son horoscope ou encore participer à un concours. Mpulse permet toujours de pousser des contenus à valeur ajoutée vers des clients divers. De nombreux concours passent encore par ce canal. « A l’époque, notre position était déjà de mettre en œuvre des solutions techniques existantes pour permettre à des acteurs de se rapprocher et de créer de la valeur ensemble. La plateforme rassemble les opérateurs en télécommunications et divers acteurs qui ont du contenu à valeur ajoutée à proposer, explique Jonathan Prince. Au centre de cette relation, notre rôle est de nous assurer que la livraison du contenu soit effectuée dans le meilleur délai. » Aujourd’hui encore, près de la totalité des transactions effectuées au Luxembourg via le réseau mobile passe par la plateforme Mpulse.

Fintech avant l’heure !

« Quand, en 2014, le Gouvernement luxembourgeois confie à Luxembourg for Finance le soin d’établir une cartographie des acteurs de la FinTech au Grand-Duché, nous n’étions pas étonnés de nous y retrouver avec notre solution Digicash, mais le fait d’y voir figurer Mpulse nous a amusés. Nous étions une Fintech avant l’heure », commente Raoul Mulheims. L’expérience Mpulse a en effet préfiguré l’aventure Digicash. « La volonté a été de proposer un véritable service de paiement. Avec Mpulse, nous étions limités à des transactions d’un montant maximal de 3 euros, uniquement pour des services immatériels. Impossible d’acheter une canette de Coca avec un SMS », poursuit Raoul Mulheims.

La première directive sur les services de paiement (PSD) avait alors ouvert de nouvelles opportunités. A travers Digicash, les dirigeants de Mpulse obtiennent l’agrément d’institution de paiement. Ils investissent dans une plateforme technique, profitant des nouvelles aides à l’innovation mises en place par l’Etat. En 2012, année où est fondée la start-up, plusieurs acteurs se positionnent sur le segment du paiement mobile en recourant à une technologie similaire. Tous se distinguent par le modèle économique mis en œuvre. « Contrairement à d’autres, nous ne nous sommes pas positionnés comme un portefeuille indépendant. Avec un côté candide, nous sommes allés voir les banques, pour leur montrer notre solution et les convaincre de l’adopter », évoque Jonathan Prince. Si aujourd’hui, les institutions financières sont plus ouvertes que jamais aux idées portées par de jeunes structures innovantes, à l’époque cela n’avait rien d’évident. « On ne connaissait pas les codes. Certains, en nous voyant arriver, nous ont pris pour des aliens », poursuit le co-fondateur de Digicash.

Construire la solution avec les banques

Digicash a donc choisi de s’allier aux banques pour permettre à leurs clients d’initier à l’aide de leur mobile des paiements au départ de leur compte. Le premier enjeu a donc été de convaincre une institution financière. C’est la Banque et Caisse d’Epargne de l’Etat qui a, en premier lieu, soutenu l’initiative. « Dans le contexte d’une start-up, comme dans toute aventure entrepreneuriale, il ne faut pas perdre de vue qu’il faut vendre un produit ou une prestation à la fin de la journée, rappelle Raoul Mulheims. Dans ce contexte, travailler en partenariat avec les banques constituait à nos yeux le meilleur moyen de déployer le service sur le marché. Les banques s’occupaient de pousser la solution auprès de leurs clients. Nos efforts, d’autre part, visaient à convaincre les commerçants de l’adopter. Pour réussir, il fallait travailler sur les deux aspects en même temps, ce qui est conséquent pour une start-up seule. »

La relation que les banques entretenaient déjà avec leurs clients constituait un avantage. Rapidement, Digicash est aussi parvenu à convaincre des grands acteurs du commerce au Luxembourg : Cora et Auchan ou encore TOTAL. « Plus qu’un moyen de paiement supplémentaire, nous avons offert à ces commerçants un moyen de maintenir la relation avec le client, en leur proposant d’intégrer leur programme de fidélisation directement au cœur de l’application de la banque, précise Raoul Mulheims. C’est tout l’enjeu. Il faut pouvoir convaincre toutes les parties prenantes de l’intérêt qu’elles ont à opter pour la solution. » La BIL, POST, la BGL et ING ont rapidement suivi la Spuerkeess.

Un modèle qui gagne

Digicash permet d’effectuer des transactions dans le contexte d’un achat en ligne ainsi que dans les magasins physiques. Le QR Code a aussi intégré les factures de nombreuses institutions et offre la possibilité de transfert rapide de personne à personne. Aujourd’hui, le taux de distribution de l’application au sein de la population atteint les 20%.

En août dernier, la start-up était rachetée par le belgo-néerlandais Payconiq, les co-fondateurs gardant uniquement les droits sur la propriété intellectuelle associée à la solution. Payconiq investit dans le déploiement de la solution à l’international. « A l’exclusion de la Suède et du Danemark,Digicash est la seule initiative de paiement mobile qui a eu du succès en Europe, commente Jonathan Prince. La plupart des autres solutions qui ont vu le jour à l’époque a échoué, avec des sommes colossales parties en fumée. A l’échelle luxembourgeoise, cinq banques ont accepté de développer un partenariat avec nous. C’est remarquable. Nous sommes très fiers d’avoir pu contribuer, avec nos partenaires, à un tel succès. »

Réinventer les interactions

Georges Berscheid, Raoul Mulheims et Jonathan Prince n’ont pas attendu bien longtemps avant de se lancer dans un nouveau projet. Le 1eraoût, ils cédaient Digicash. Le 30 août, ils constituaient une nouvelle structure devant notaire. Finologee est née de leur expérience. « Nous voulons réinventer la manière dont les banques et les sociétés de la Fintech interagissent, pour permettre une accélération du déploiement d’innovations au cœur d’un environnement financier en pleine mutation », assure Jonathan Prince. « Tous nos projets passés contribuaient à faire se rencontrer des acteurs partageant des intérêts communs pour permettre à de nouveaux services de voir le jour. Finologee, c’est à la fois une marketplace et une plateforme technique proposant à différents membres d’un même écosystème de s’accorder pour proposer des solutions innovantes au marché », précise Raoul Mulheims. Une première application permet par exemple aux institutions financières d’externaliser le processus d’on-boarding des clients, en facilitant la récolte des informations indispensables, en permettant l’authentification forte selon différentes techniques et en intégrant la signature électronique. « Différentes solutions technologiques, comme la vidéo-chat pour permettre l’authentification, peuvent être assemblées à travers la plateforme pour être poussées beaucoup plus facilement vers le marché, précise Raoul Mulheims. Avec une telle plateforme, il est possible d’accélérer la digitalisation des processus tout en garantissant le respect des exigences légales. » Le contexte réglementaire oblige en effet de nombreux acteurs à procéder à d’importants investissements. « A travers la plateforme, les acteurs peuvent externaliser la gestion des mandats dans le cadre SEPA Direct Debit ou gérer les accès aux comptes dans le contexte de la PSD2 », explique Jonathan Prince.

Au-delà des enjeux réglementaires, la volonté est de permettre à des acteurs d’innover. « La banque peut par exemple exposer ses API à travers la plateforme pour permettre à des acteurs tiers de plus facilement se connecter à ses services. Elle pourrait notamment offrir la possibilité à des concessionnaires de se connecter directement à ses systèmes afin de faciliter l’obtention d’un financement pour son client, explique Raoul Mulheims. Notre volonté, comme cela l’a toujours été, n’est autre que de rapprocher les intérêts des clients. Finologee se présente comme l’espace où tout est possible, un lieu où pourront se construire et se partager les solutions et applications de la finance de demain. »