Se construire une employabilité pour la vie

L’évolution de plus en plus rapide des technologies rend indispensable l’apprentissage permanent de nouvelles compétences. Loin d’être uniquement techniques, celles-ci doivent aussi servir, aujourd’hui et demain, à faciliter l’interaction entre le digital et l’humain.   

Virginie Laye, Directrice – PwC Luxembourg

Si un constat peut d’ores et déjà être fait par rapport à l’année 2020 et à la crise qui l’a marquée, c’est bien que la digitalisation de l’ensemble des secteurs d’activité s’y est considérablement accélérée. Ce mouvement n’est toutefois pas neuf. Depuis plusieurs années déjà, les technologies évoluent à une vitesse soutenue et notre capacité à apprendre tout aussi rapidement à s’en servir est mise à rude épreuve. « La trajectoire ‘formation initiale, diplôme, et métier pour la vie’ est définitivement dépassée, estime Virginie Laye, Directrice chez PwC Luxembourg et spécialisée dans le développement de compétences ainsi que la transformation des organisations. Depuis cinq-sept ans, on a vraiment pris conscience de la nécessité de se former constamment pour s’adapter à l’évolution des technologies. Pour les organisations, il est désormais clair qu’avoir les bonnes compétences au bon endroit et au bon moment a un impact direct sur la compétitivité. »

Le boom de la formation en ligne

Pour chaque travailleur, il est devenu nécessaire non pas d’apprendre un métier pour la vie, mais bien de se construire une employabilité pour la vie. Dans ce contexte, et alors que les événements en présentiel font figure de vieux souvenirs, la formation à distance a explosé au cours de l’année 2020. « Selon le rapport ‘Future of Jobs’ du Forum économique mondial, on a enregistré en 2020 une hausse très importante des inscriptions à des formations, principalement en ligne. Le phénomène du ‘micro learning’ a également gagné du terrain. Il s’agit de modules très courts qui apportent des connaissances ciblées sur certains sujets. C’est comme si nos habitudes de consommation avaient fini par atteindre aussi le domaine de l’éducation », détaille Virginie Laye.

Reste à savoir à qui incombe la responsabilité d’inciter à la formation, d’offrir les structures permettant de l’encadrer. « Les entreprises ont certainement une responsabilité dans la formation continue de leurs collaborateurs, mais on ne peut pas compter que sur elles, estime Cécile Mazourine, Directrice chez PwC et active dans la transformation digitale des entreprises et l’upskilling / transformation des compétences des collaborateurs. Pour que cette dynamique de formation constante soit efficace, elle doit s’appuyer sur trois éléments : les entreprises, bien sûr, mais également l’État ainsi que l’individu lui-même. »

Cécile Mazourine, Directrice – PwC Luxembourg

Expert de l’interaction

Pour rester dans le coup, il faut donc apprendre constamment. Mais apprendre quoi ? « Il faut tout d’abord apprendre à apprendre, souligne Virginie Laye. L’agilité d’apprentissage est en effet fondamentale, quel que soit le métier. Cette compétence ‘humaine’ ne doit toutefois pas faire oublier la nécessité d’acquérir des compétences plus techniques, notamment sur tout ce qui touche à la donnée – sécurité de la donnée, gestion de la donnée, etc. A l’avenir, ces compétences pourraient devenir transversales et aussi indispensables que le fait de parler anglais aujourd’hui. » Avec la généralisation du télétravail, il est également devenu essentiel de pouvoir gérer l’interaction à distance. « Il faut savoir organiser une équipe qui est éparpillée géographiquement, la relier aux objectifs de l’entreprise. C’est loin d’être évident, poursuit Cécile Mazourine. Par ailleurs, avec l’explosion de l’e-commerce, il faut pouvoir maintenir une bonne relation avec un client que l’on voit moins souvent. »

Mises en avant depuis plusieurs années, les soft skills restent essentielles, notamment dans les métiers de l’IT. « Plus que jamais, il faut que les équipes métier et IT puissent se comprendre. Ce n’était déjà pas évident avant la crise, mais ça le sera encore moins à distance, explique Virginie Laye. Selon moi, les compétences techniques et humaines ne doivent toutefois pas être opposées. Elles forment un ensemble de capacités indispensables dans un monde digital. » 

Ainsi, il ne faut pas amoindrir la valeur de la compétence « dure ». S’il est aujourd’hui possible de se former par des micro-modules de 3 minutes, ceux-ci ne font pas automatiquement de nous des experts. « Avoir une vraie compétence, ce n’est pas rien. Je peux prendre l’exemple de la gestion du changement, un sujet essentiel dans la transformation digitale des organisations. Pour être efficace dans ce domaine, il est indispensable de maîtriser des méthodes qui sont de l’ordre de la connaissance ‘dure’ », conclut Cécile Mazourine.

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