Se préparer aujourd’hui au monde de demain

Comment imaginer le monde d’après la crise ? Et surtout comment s’y préparer ? Brice Lecoustey, Partner Advisory services Leader au sein d’EY Luxembourg, partage quelques pistes devant permettre aux organisations de bien appréhender leur futur.

Brice Lecoustey, Partner Advisory Services Leader – EY Luxembourg

Les mesures de confinement et de distanciation ne seront pas éternelles. Et l’on peut espérer retrouver, un jour, cette convivialité d’avant COVID-19, cette liberté dont on nous a privé quatre saisons durant. « Rien ne sera tout à fait comme avant, commente Brice Lecoustey, Partner Advisory services Leader au sein d’EY Luxembourg. On peut toutefois s’attendre, au regard de la frustration accumulée au cours des derniers mois, à voir apparaitre des comportements similaires à ceux observés au terme d’un conflit majeur, avec un retour de la croissance en force, notamment autour des activités de loisirs. »

La crise de la COVID-19, toutefois, laissera des traces. Les consommateurs, en effet, ont adopté de nouvelles habitudes, en privilégiant par exemple l’achat en ligne. Les acteurs qui voudront perdurer dans le monde d’après, sans aucun doute, seront ceux qui seront parvenus à évoluer, à adapter leur business model, à se réinventer. « Le défi, désormais, est de se préparer pour la reprise, pour ce nouvel environnement socio-économique dans lequel chacun est appelé à évoluer », commente Brice Lecoustey.

 

Cet enjeu est aujourd’hui largement partagé dans le monde des entreprises. L’Etat luxembourgeois, lui-même, accompagne les organisations dans cette perspective de reprise à travers le programme FIT4RESILIENCE.

SE DOTER DE LA BONNE STRATÉGIE, POUR AUJOURD’HUI ET DEMAIN

« Le gouvernement a bien pris la mesure de l’enjeu et invite les acteurs économiques à repenser leur stratégie pour aujourd’hui et pour demain, poursuit l’associé du groupe EY, qui prend une part active à ce programme. Les comportements des clients ont évolué, tout comme les marchés. Il faut donc trouver de nouveaux leviers de différenciation, d’innovation, et ce afin de tirer profit du contexte de reprise qui s’annonce à un horizon de six à neuf mois. »

D’un secteur à l’autre, la reconfiguration du marché sera plus ou moins importante. « Chacun, toutefois, doit tenir compte de nouvelles dynamiques à l’oeuvre, précise Brice Lecoustey. Si on prend le secteur du commerce de détail, il semble essentiel de développer des canaux de vente en ligne et de considérer l’opportunité de repenser l’occupation de la surface commerciale. Dans l’automobile, il faut considérer l’impact de la pandémie sur la mobilité, mais aussi l’émergence de nouvelles énergies, de nouvelles solutions qui émergent pour faciliter les déplacements et les optimiser. Dans la construction, il faut plus que jamais considérer les tendances inhérentes à l’économie circulaire pour en intégrer les grands principes. »

Au coeur de tous ces enjeux, le numérique est évidemment omniprésent. « Un autre axe stratégique qu’il convient de considérer sous un nouveau jour est celui des dépendances critiques », poursuit l’associé d’EY Luxembourg. La crise a révélé dans quelle mesure le défaut d’un fournisseur, la difficulté d’accéder aux outils ou à l’espace de travail pouvait être dommageable à une organisation. « Il faut donc revoir ces éléments, en considérant les possibilités de ré-internaliser une partie de la production plutôt que de la confier à un tiers. On pourrait, dans ce contexte, favoriser davantage la proximité, le local, une certaine circularité », poursuit Brice Lecoustey.

S’ADAPTER POUR GAGNER EN VITESSE ET FLEXIBILITÉ

Au regard des nouveaux axes stratégiques définis, ce sont les modèles opérationnels et organisationnels qu’il faut ensuite adapter. « Les organisations doivent se donner les moyens d’aller plus vite et d’être plus flexibles », ajoute Brice Lecoustey, qui relève trois impératifs essentiels : de bonnes compétences managériales, une réelle capacité à exploiter les données, un environnement technologique léger et flexible, qui peut évoluer rapidement. « Il faut donc remodeler l’organisation en considérant les nouvelles ambitions. Il faut pouvoir se doter de compétences technologiques indispensables. Le management va donc évoluer dans ce sens. Au-delà, il faut structurer la gestion des données, se doter d’une bonne gouvernance en la matière, afin de pouvoir exploiter l’information à des fins commerciales, précise l’expert. Enfin, il faut être plus agile que jamais, en se donnant la possibilité d’investir dans les outils technologiques qui créeront de la valeur rapidement. »

REPENSER LE FUTUR

Si les entreprises doivent se préparer à la reprise, pour tirer profit de l’engouement attendu une fois que le virus aura relâché son emprise sur nos vies, il leur appartient aussi de penser plus loin. « Elles doivent d’abord se demander quel est et sera le comportement de leur client, aujourd’hui et demain. Il est plus que jamais essentiel de rassembler les équipes autour d’une vision forte, une raison d’être de l’entreprise, d’exprimer clairement ce à quoi elle contribue. Enfin, et c’est essentiel, il est important de déterminer comment remettre de l’humain au coeur des modèles qui sous-tendent l’activité », commente Brice Lecoustey. En effet, les aspirations de chacun, et notamment des travailleurs, ont elles aussi évolué. « L’ensemble doit aussi s’inscrire dans une approche durable, conclut Brice Lecoustey. On peut le faire à son niveau, soit en proposant des biens et des services qui contribuent à une société plus juste et plus respectueuse de l’environnement, soit en adaptant ses modèles pour réduire la pression sur les ressources naturelles et humaines associées à l’activité. De cette manière, chaque organisation est en mesure de contribuer au monde de demain. »