Survcoin, la monnaie qui lutte pour la survie de la planète

Le survcoin est une cryptomonnaie conçue pour récompenser les efforts entrepris pour réduire son empreinte carbone. Face à l’efficacité insuffisante des différentes actions menées pour lutter contre le réchauffement climatique, cette monnaie alternative basée sur la blockchain espère entraîner un réel changement pour l’environnement. 

L’urgence climatique face à laquelle nous sommes confrontés implique de profonds changements au sein de notre société. Faute d’un consensus mondial permettant de réduire réellement notre empreinte carbone à court terme, de nombreux citoyens tentent, avec leurs compétences, leurs idéaux et leurs moyens, de trouver des solutions pour inverser une situation que de nombreux scientifiques jugent critique. Jean Lasar fait partie de ces citoyens bien déterminés à ne pas baisser les bras. 

Cet ancien journaliste baroudeur et chargé de relations publiques pour de grands groupes a lancé en 2017 le projet survcoin (pour survival coin). Cette monnaie alternative est conçue pour récompenser les efforts entrepris pour réduire son empreinte carbone. « De nombreux leviers ont déjà été actionnés pour espérer voir un changement majeur pour l’environnement. Malheureusement, la plupart se sont révélés inefficaces. Le levier monétaire, par contre, n’a pas encore été exploré, assure Jean Lasar. Je pense qu’on sous-estime trop la corrélation entre notre addiction aux énergies fossiles et l’usage croissant de l’argent, dans tous les aspects de notre vie. » D’où l’idée de donner aux citoyens et aux organisations des récompenses proportionnelles à leurs efforts de décarbonation.

Un survcoin par kilomètre parcouru à vélo

Basé sur la technologie de la blockchain, le survcoin a fait l’objet d’un projet pilote mené par l’association Climate Action Blockchain et a été soutenu par l’Œuvre Nationale de Secours Grande-Duchesse Charlotte. Il a permis à survcoin de développer un premier partenariat avec Vël’OK, le système de vélo en libre circulation déployé par la ville de Esch-sur-Alzette et une partie du sud du pays. « Concrètement, lorsqu’un usager utilise Vël’OK, il reçoit un survcoin par kilomètre parcouru entre les deux bornes. Il peut alors les dépenser auprès de partenaires », explique Jean Lasar. 

Survcoin entend convaincre les communes, organisations et entreprises locales de permettre le paiement en survcoins pour des produits ou des services, afin d’encourager leurs résidents, membres ou clients à privilégier le vélo pour leurs trajets quotidiens, et ainsi participer aux efforts de réduction de l’empreinte carbone. « A terme, d’autres partenariats d’émission de survcoins seront ajoutés dans des secteurs tels que l’énergie, l’alimentation, l’habitat, la mode, etc., en récompensant les efforts avérés de réduction de la production de carbone. »

Le frein du manque de connaissance

De plus en plus de citoyens sont animés par cette volonté de réduire leur empreinte carbone.  « Mais trop souvent, ils sont freinés par un manque de connaissance. Qu’est-ce qui fonctionne le mieux ? Qu’est ce qui ne fonctionne pas ? Par quoi commencer ? Le survcoin permet, lui, de quantifier le mérite de décarbonation de nos actions de réduction d’empreinte carbone », rappelle Jean Lasar, qui a élaboré un business plan qui permettrait à survcoin d’être parfaitement autonome, sans devoir, à terme, dépendre de subventions. Dans cette perspective, l’actuelle ASBL travaille notamment sur la création d’une entreprise d’impact sociétal. 

« Il faut agir dès aujourd’hui »

Le changement climatique, n’en déplaise à Donald Trump et autres climatosceptiques, est une réalité. Une dure réalité. Toutefois, il est encore possible d’inverser la tendance à condition de changer radicalement nos modes de vie. « Et ce, dès aujourd’hui », prévient Jean Lasar. « Nous avons intérêt à profiter du semblant de stabilité actuelle pour créer des modes alternatifs de fonctionnement. Tous les efforts que nous pouvons entreprendre aujourd’hui en valent la peine pour réduire les souffrances futures. Car il ne faut pas se leurrer, ce sont des souffrances qui nous attendent… » Alors, le survcoin peut-il, d’une manière ou d’une autre, permettre de rendre moins douloureuses ces souffrances inéluctables ? « C’est peut-être utopique mais je le pense vraiment, affirme Jean Lasar. Je ne veux pas verser dans le pessimisme mais, de toute façon, face à une situation désespérée, toutes les pistes sont bonnes à étudier. »

Changement de cap

Ancien chargé de relations publiques pour de grands groupes dans l’aviation et la sidérurgie, le concepteur du survcoin a opté, il y a quelques années, pour un changement de cap professionnel. « J’ai pu constater de l’intérieur comment ces grands groupes, qui sont de gros émetteurs, gèrent le défi de la réduction de leurs émissions, raconte Jean Lasar. Et je dois bien avouer que cela ne m’a pas rendu optimiste quant à la volonté de ces grandes structures de vouloir se réformer de l’intérieur. Seule une pression forte des gouvernements et des investisseurs permettra aux grosses entreprises de changer de cap. »

Une blockchain transparente et résiliente

Depuis plusieurs années, la technologie de la blockchain s’est érigée en bouée de sauvetage dans de nombreux domaines d’application. Cette technologie qui s’est développée avec la cryptomonnaie, permettra-t-elle de sauver aussi la planète ? « Les cryptodevises permettent aux citoyens de se doter d’outils monétaires alternatifs conçus de manière à diversifier les initiatives de décarbonation, mais aussi à les quantifier, explique Jean Lasar. Et tout cela en donnant une dimension ludique, en faisant appel à l’émulation entre pairs. »

Reste que la blockchain utilisée pour d’autres cryptodevises possède ses détracteurs. Et à juste titre. Les plateformes techniques déployées pour le bitcoin et l’ether, les deux cryptomonnaies les plus populaires, occasionnent en effet une empreinte carbone considérable. « Pour confirmer une transaction Bitcoin, vous allez émettre énormément de CO2, avoue Jean Lasar. Si vous parcourez 5 km en vélo et que la certification de la transaction sur une plateforme de blockchain engendre une émission supérieure au gain réalisé par les 5 km en vélo, cela n’a pas de sens pour nous. » Survcoin s’est donc appuyé sur les équipes de InTech pour mettre au point un modèle de blockchain qui permet de réduire considérablement l’empreinte liée à l’enregistrement des transactions, tout en assurant un degré élevé de transparence, de confiance et de résilience. « Ce modèle permet de diminuer la quantité d’énergie nécessaire pour certifier une transaction, comparable à celle d’un ‘swipe’ de carte de crédit, ce qui est très faible, explique le fondateur de survcoin. Selon mes calculs, la blockchain développée pour survcoin génère une empreinte 200 à 300 fois inférieure à celle du Bitcoin. »

« La blockchain développée pour survcoin génère une empreinte 200 à 300 fois inférieure à celle du Bitcoin »

Bientôt l’appli mobile

Dans les prochains jours, survcoin devrait dévoiler son application mobile, qui sera disponible sur l’Appstore et Google Play. La crise du coronavirus a évidemment quelque peu retardé le déploiement du projet. Toutefois, son créateur a su surfer sur la vague de la crise en développant un sous-projet de survcoin. « Lorsque les gens ont préféré éviter les transports en commun en raison de la contagion du virus, nous avons décidé de déployer, avec InTech et LuxMobility, une déclinaison de survcoin, adaptée à la pandémie. Le projet ‘bike & earn’ fonctionne sur la même base que celle de Vël’OK mais dispose, en plus, de l’intégration de la géolocalisation, de l’intelligence artificielle et des réseaux sociaux, afin de récompenser aussi ceux qui utilisent leur propre vélo ou trottinette pour diminuer leur empreinte, et même ceux qui se déplacent à pied. »

A plus ou moins long terme, Jean Lasar espère étendre le survcoin à une masse critique et le rendre légitime aux côtés des monnaies traditionnelles comme l’euro ou le dollar. « Dans 10 ans, j’espère sincèrement que le survcoin aura été l’un des réels leviers de décarbonation, parmi d’autres. » Au-delà du survcoin, il convient d’agir de manière solidaire et réfléchie pour maximiser les chances de préserver une planète vivable pour nous-mêmes et pour les générations futures. 

 

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