Une plateforme BPO bancaire pour répondre aux besoins d’un marché en mouvement

KBL European Private Bankers (KBL epb) et Lombard Odier se sont mis d’accord pour qu’une plateforme BPO à Luxembourg dédiée aux métiers de la banque privée en Europe puisse voir le jour. Un nouvel acteur, TBI (Europe) S.A., est né et affiche déjà des ambitions internationales. Eric Mansuy, Group Head of Information Technology Services de KBL epb, et Alain Picquet, CEO de TBI (Europe) S.A., filiale du groupe Lombard Odier, évoquent les enjeux et les clés de cet accord.

Eric-MansuyKBL European Private Bankers (KBL epb) et Lombard Odier se sont mis d’accord pour qu’une plateforme BPO à Luxembourg dédiée aux métiers de la banque privée en Europe puisse voir le jour. Un nouvel acteur, TBI (Europe) S.A., est né et affiche déjà des ambitions internationales. Eric Mansuy, Group Head of Information Technology Services de KBL epb, et Alain Picquet, CEO de TBI (Europe) S.A., filiale du groupe Lombard Odier, évoquent les enjeux et les clés de cet accord.

Par Sébastien Lambotte pour l’édition ITnation Mag Octobre 2015

« L’offre déjà éprouvée de Lombard Odier offrant les fonctionnalités requises et pouvant être répliquée nous a conforté dans notre volonté d’évoluer vers un modèle BPO. » Eric Mansuy

Monsieur Mansuy, pouvez-vous nous rappeler la genèse de ce projet de mise en œuvre d’une plateforme BPO bancaire à Luxembourg ?

Eric Mansuy (E.M.) : Dès 2014, une réflexion a été lancée au sein de KBL epb afin d’optimiser et d’harmoniser les processus internes de la banque. Au cœur de cette réflexion, l’enjeu était de pouvoir disposer d’une solution optimale et unifiée. Une approche traditionnelle, avec mise en œuvre d’un nouveau système d’information au sein de la banque, a été envisagée. Dans le même temps, l’éventualité de s’inscrire dans une démarche plus novatrice, avec la possibilité de recourir à une externalisation des processus opérationnels, a été évaluée. Au terme de l’étude, les deux approches ont pu être comparées en termes de risque, de délai et de coût de mise œuvre. L’approche proposée par un partenaire de la qualité de Lombard Odier, rendait possible la mise en œuvre d’une solution BPO pour KBL epb. La démarche s’est concrétisée par un accord, cet été, avec Lombard Odier, comprenant la mise en place d’une nouvelle structure juridique et technique à même de répondre à nos besoins.

Pourquoi avoir choisi ce partenaire ?

E.M. : Lombard Odier est un partenaire centré sur notre métier de banque privée et propose déjà sa plateforme à d’autres clients depuis plusieurs années. Il est donc capable de comprendre nos besoins et surtout de parler le même langage que nos équipes métiers.

Alain Picquet (A.P.) : Lombard Odier a développé en Suisse son propre système informatique au cours des vingt dernières années. Dans le cadre de son développement international, la banque avait un choix simple : recourir à une solution package dans les pays hors Suisse ou réfléchir à une réplication de son système suisse dans chacune des filiales.

 

La seconde solution a été retenue et est à la base de la création d’une ligne métier spécifique liée à la mise à disposition pour des banques privées tierces de services d’infrastructure IT et de services opérationnels.

Ce modèle de réplication permet de garder les coûts de développement à des niveaux raisonnables car il n’existe qu’une seule instance du système à maintenir et permet de créer une vision industrielle d’un groupe bancaire : une seule gestion du signalétique valeurs, une seule gestion des « corporate actions », de nombreux routages dans les chaînes de trading et d’exécution des ordres, la mise en place d’un MIS groupe uniforme, etc. Rapidement, constatant que nous dis- posions d’un système opérationnel qui pouvait répondre à leurs besoins, de plus petits acteurs de la banque privée en Suisse sont venus frapper à notre porte.

Comment expliquer qu’un tel modèle de mutualisation ait pu voir le jour en Suisse alors qu’à Luxembourg il apparaît comme difficile à mettre en œuvre ?

A.P. : Il faut comparer la structure de l’activité de la banque privée dans les deux pays. En Suisse, le volume d’actifs sous gestion est largement supérieur à celui du Luxembourg, pour ce qui concerne la banque privée du moins. C’est dans ce contexte que, historiquement, se sont développés des grands acteurs IT dédiés à ce segment économique, comme Avaloq, Temenos ou Eri Bancaire. Beaucoup de projets IT en lien avec la gestion de fortune ont vu le jour sur les bords du Lac Léman. Les banques cantonales suisses, en outre, ont également développé des plate- formes centralisées, en vue d’optimiser les métiers. Comme vous le voyez, en matière informatique et opérationnelle, la Suisse est un acteur incontournable.

E.M. : Au-delà de la masse critique favorable à l’émergence de telles solutions, la finance en Suisse est fortement axée sur le métier de la banque privée, avec des besoins spécifiques largement partagés par l’ensemble des acteurs. À Luxembourg, les métiers de la finance sont plus diversifiés. Notre activité, au niveau de KBL epb, s’inscrit dans le segment de la banque privée. À ce titre, l’offre déjà éprouvée de Lombard Odier offrant les fonctionnalités requises et pouvant être répliquée nous a conforté dans notre volonté d’évoluer vers un modèle BPO.

Comment KBL epb va-t-elle pouvoir profiter de la plateforme à Luxembourg ?

A.P. : Avec G2 nous disposons d’un outil performant. G2 offre les fonctionnalités d’un système complet et répond à l’ensemble des besoins des banquiers privés allant de la gestion de portefeuille, au CRM, aux traitements opérationnels et à la gestion des risques. L’accord signé entre KBL epb et Lombard Odier prévoit que G2 soit mis à disposition de KBL epb par une entité luxembourgeoise nouvellement créée, appelée TBI (Europe) S.A. Cette société sera régulée (statut de PSF de Support) et placée sous le contrôle prudentiel de la CSSF. La constitution d’une structure TBI en Suisse, indépendante de la banque Lombard Odier et disposant de sa propre gouvernance, est une autre demande de KBL epb. Ce second projet est prévu pour 2016.

Quand cette plateforme sera-t-elle active et quelles missions assumera-t-elle ?

A.P. : Nous sommes en phase de finalisa- tion de l’ensemble. La société sera active sous peu. TBI Europe, en tant qu’acteur PSF luxembourgeois, sera à terme en mesure d’offrir des services à KBL epb à Luxembourg, mais aussi à l’ensemble des filiales du groupe luxembourgeois. Le projet de migration des premières entités de KBL epb a déjà débuté.

Comment s’organisera la répartition des tâches entre Genève et Luxembourg ?

A.P. : Sur les aspects opérationnels, l’équipe qui sera basée dans le PSF travaillera pour l’ensemble des clients de la plateforme, y compris les clients suisses. Sur le volet informatique, c’est différent, l’équipe du PSF sera dédiée aux clients du PSF. Nous avons longuement discuté avec le régulateur luxembourgeois, afin d’envisager les possibilités dans le respect de tous les principes réglementaires.

Comment, au sein de KBL epb, avez-vous évalué l’opportunité et le risque d’une telle transformation ?

E.M. : Dans notre réflexion, nous avons confronté les risques, les opportunités et évalué les chances de succès. Nous avons eu la chance de pouvoir voir fonctionner la plateforme en conditions réelles, mais surtout constater les avantages qu’elle octroyait à Lombard Odier et à ses autres clients. Nous avons aussi pu être rassurés sur la capacité de notre partenaire à pouvoir dupliquer sa plateforme et à s’adapter à notre dimension internationale. L’enjeu réside également dans le « change management » auprès des équipes concernées et dans la stratégie de migration progressive des processus sur la nouvelle plateforme mutualisée. Cela dit, un des facteurs qui a le plus pesé dans la décision réside dans la relation de confiance qui s’est rapidement établie tant au niveau du management que des équipes projet. Dans ce cas de figure, ce sont avant tout des banquiers qui parlent à des banquiers. On évolue dans le même univers. La qualité du dialogue en sort grandie.

A.P. : La confiance s’est rapidement installée entre les deux partenaires. Nous nous sommes très vite compris. Le dialogue a été constructif. Nous avons une plateforme opérationnelle, prête à être utilisée. KBL epb, à travers sa vision, ses exigences, permet aussi d’enrichir la solution. On a pu rapidement se mettre à travailler sur certains manques fonctionnels et lancer les développements qui faisaient du sens. Chacun, au final, va en ressortir plus fort.

« La solution bancaire sera mise à disposition via une entité luxembourgeoise nouvellement créée et placée sous le contrôle de la CSSF. » Alain Picquet

Dans quelle mesure, dans le chef de KBL epb, l’adoption d’une solution mutualisée implique de s’adapter ?

E.M. : Envisager un changement de cette ampleur exige en effet de passer en revue l’ensemble des processus métier end-to-end. Cela permet, surtout, de remettre en question sa manière de travailler, afin de la rendre plus efficiente et de s’adapter autant que possible à la plateforme cible déjà utilisée par d’autres banquiers depuis plusieurs années. Dans ce cadre, nos équipes métiers ont documenté et revoient leurs processus. Cette migration permet surtout d’harmoniser notre modèle opérationnel entre le siège et les multiples entités du Groupe et de réduire la complexité. Mais au delà de la solution choisie, une telle révision aurait du être réalisée pour offrir un service toujours plus adapté
à nos clients. Le fait que l’on puisse s’appuyer sur un acteur solide, avec une solution fonctionnelle, est de nature plus rassurante que si nous avions dû intégrer un nouveau système, avec les dérives auxquelles cela peut amener. Ici, nous profitons d’une solution déjà établie, et contribuons à l’émergence d’un nouvel acteur sur la place luxembourgeoise.

Comment avez-vous évalué les bénéfices de recourir à une telle plateforme ?

E.M. : Ils apparaissent comme évidents. On devrait gagner sur la qualité du service, mais aussi en flexibilité, avec une plateforme qui peut nous permettre de grandir. Pour le groupe KBL epb, cette solution offre la possibilité d’harmoniser les processus à l’échelle de l’ensemble des entités, mais aussi d’améliorer la gouvernance. Un système customisé pèse lourd en matière de gestion. Avec cette solution, les équipes IT vont pouvoir se concentrer sur d’autres fonctions créatrices de valeur au niveau des métiers. À cela, il faut ajouter la possibilité d’optimiser notre gestion des coûts, en précisant que ce n’est certaine- ment pas le seul critère à évaluer quand on envisage une telle migration.

A.P. : L’avantage, pour un groupe comme KBL epb, présent sur plusieurs pays, avec des entités diverses qui n’ont pas forcément la masse critique pour déployer des solutions chacune de leur côté, est évident, notamment au niveau de la rentabilité. Aujourd’hui, la migration, pour une partie de ces acteurs, a commencé.

E.M. : Les discussions, intenses, que nous avons menées cette dernière année ont été particulièrement riches. Nous partageons une même vision autour de la mise en œuvre d’un projet novateur sur la place luxembourgeoise. Nous sommes dans une logique de partenariat, avec une confiance qui n’a fait que se confirmer au fil des mois. Aujourd’hui, la migration est en cours. Nos deux entités en France, KBL Richelieu et KBL Richelieu Gestion, devraient avoir migré sur la plateforme d’ici le 31 décembre 2015. Monaco, elle, fonctionnera sur la plateforme à partir du 30 juin de l’année prochaine. Le volume principal, qui est au niveau du siège, migrera à partir du 1er janvier 2017.

« Cette migration permet aussi d’harmoniser notre modèle opérationnel entre le siège et les multiples entités du Groupe. » Eric Mansuy

Quel sera l’impact de la création de cette plateforme au niveau de l’emploi ?

E.M. : Tout cela est aussi étudié, et s’inscrit dans un plan ambitieux d’évolution des carrières au niveau de la banque. La création de la plateforme TBI à Luxembourg se traduira par des mouvements de personnel tant au sein du groupe KBL epb que vers la nouvelle entité. Ce projet, de par son ambition, offre l’opportunité à nos équipes de gagner en « seniorité ». La banque devra s’organiser afin de mettre en place ou consolider les fonctions de veille et de contrôle sur les opérations menées par Lombard Odier. Nous pourrons aussi nous concentrer sur des projets créateurs de valeur. Par ailleurs, de nouvelles fonctions, dans un monde en mutation, seront à pour- voir au sein de la banque. Des plans de formation et d’évolution de carrière sont mis en œuvre en collaboration avec les ressources humaines.

A.P. : Côté TBI, nous aurons besoin de compétences précises. Elles viendront de KBL epb, qui est notre premier client et partenaire pour ce développement à Luxembourg. L’enjeu, pour nous, est de pouvoir satisfaire un client aussi exi- geant que KBL epb.

Sur quelles ressources, à terme, va s’appuyer TBI ?

« À l’issue de la migration de KBL epb, nous tablons sur un staff d’une centaine de personnes au sein de TBI (Europe) S.A. » Alain Picquet

A.P. : À l’issue de la migration de KBL epb, nous tablons sur un staff d’une centaine de personnes au sein de TBI (Europe) S.A.

Comment, TBI, à terme, entend-elle diversifier sa clientèle ?

A.P. : Nous sommes au début d’une nouvelle ère. La nature même d’un acteur comme TBI est de pouvoir adresser ses services à plusieurs clients. Aujourd’hui, dans le chef des acteurs de la banque privée, quand vient le moment de redéfinir le schéma directeur informatique, la question de l’externalisation est systématiquement évoquée. Toutes les banques ne l’envisagent pas, mais la tendance est là. Pouvoir satisfaire plusieurs clients et traiter des volumes importants permettent de profiter des effets de mutualisation.

Quelles sont les ambitions de TBI ?

A.P. : Nos ambitions sont claires, nous souhaitons élargir notre base de clientèle à la fois en Suisse où nous disposons de solides atouts avec plus de 600 collaborateurs dédiés à cette activité et à la fois en Europe où le besoin de disposer d’une infrastructure de banque privée est de plus en plus pressant. Nous pensons avoir une bonne carte à jouer et Luxembourg représente pour nous la localisation idéale pour créer une base européenne.